Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
[182] The best-known is that by Mignard in the Louvre, painted
in 1689. It represents the Dauphin with his wife and his three
children.
De caractère, il n’en avoit aucun; du sens assez, sans aucune sorte
d’esprit, comme il parut dans l’affaire du testament du roi d’Espagne;
de la hauteur, de la dignité par nature, par prestance, par imitation
du Roi; de l’opiniâtreté sans mesure, et un tissu de petitesses
arrangées, qui formoient tout le tissu de sa vie; doux par paresse et
par une sorte de stupidité, dur au fond, avec un extérieur de bonté
qui ne portoit que sur des subalternes, et sur des valets, et qui ne
s’exprimoit que par des questions basses; il étoit avec eux d’une
familiarité prodigieuse, d’ailleurs insensible à la misère et à la
douleur des autres, en cela peut-être plutôt en proie à l’incurie et à
l’imitation qu’à un mauvais naturel; silencieux jusqu’à l’incroyable,
conséquemment fort secret, jusque-là qu’on a cru qu’il n’avoit jamais
parlé d’affaires d’État à la Choin, peut-être que parce que tous [deux]
n’y entendoient guère. L’épaisseur d’une part, la crainte de l’autre,
formoient en ce prince une retenue qui a peu d’exemples; en même temps
glorieux à l’excès, ce qui est plaisant à dire d’un Dauphin, jaloux du
respect, et presque uniquement attentif et sensible à ce qui lui étoit
dû, et partout. Il dit une fois à Mlle Choin, sur ce silence dont elle
lui parloit, que les paroles de gens comme lui portant un grand poids,
et obligeant ainsi à de grandes réparations quand elles n’étoient pas
mesurées, il aimoit mieux très souvent garder le silence que de parler.
C’étoit aussi plus tôt fait pour sa paresse et sa parfaite incurie; et
cette maxime excellente, mais qu’il outroit, étoit apparemment une des
leçons du Roi ou du duc de Montausier qu’il avoit le mieux retenue.
Son arrangement étoit extrême pour les affaires particulières: il
écrivoit lui-même toutes ses dépenses prises sur lui; il savoit ce
que lui coûtoient les moindres choses, quoique il dépensât infiniment
en bâtiments, en meubles, en joyaux de toute espèce, en voyages de
Meudon, et à l’équipage du loup, dont il s’étoit laissé accroire
qu’il aimoit la chasse. Il avoit fort aimé toute sorte de gros jeu,
mais depuis qu’il s’étoit mis à bâtir il s’étoit réduit à des jeux
médiocres; du reste, avare au delà de toute bienséance, excepté de très
rares occasions, qui se bornoient à quelques pensions à des valets ou
à quelques médiocres domestiques; mais assez d’aumônes au curé et aux
capucins de Meudon.
Il est inconcevable le peu qu’il donnoit à la Choin, si fort sa
bien-aimée: cela ne passoit point quatre cents louis par quartier, en
or, quoi qu’ils valussent, faisant pour tout seize cents louis par an.
Il les lui donnoit lui-même, de la main à la main, sans y ajouter ni
s’y méprendre jamais d’une pistole, et tout au plus une boîte ou deux
par an; encore y regardoit-il de fort près.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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