Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
qu’il l’attendoit, et sûrement avec desir de le voir et de l’embrasser,
qu’il y avoit plus de grâce à ne pas différer; et en le pressant de
la sorte, je pris la liberté de le pousser doucement. Il me jeta un
regard à percer l’âme, et partit. Je le suivis quelques pas, et m’ôtai
de là pour prendre haleine. Je ne l’ai pas vu depuis. Plaise à la
miséricorde de Dieu que je le voie éternellement où sa bonté sans doute
l’a mis[224]!
[222] Cheverny, D’O, and Gamaches.
[223] First valet to the Duke.
[224] Ed. Chéruel, IX. 195 ff.; ed. Boislisle, XXII. 279 ff.
The disquieting symptoms which Saint-Simon had noticed in the
Duc de Bourgogne rapidly developed into an attack of measles,
which proved fatal on February 18, six days after the death of
his wife.
Ce prince, héritier nécessaire, puis présomptif, de la couronne, naquit
terrible, et sa première jeunesse fit trembler. Dur et colère jusqu’aux
derniers emportements, et jusque contre les choses inanimées; impétueux
avec fureur, incapable de souffrir la moindre résistance, même des
heures et des éléments, sans entrer en des fougues à faire craindre
que tout ne se rompît dans son corps; opiniâtre à l’excès; passionné
pour toute espèce de volupté, et des femmes, et ce qui est rare à la
fois, avec un autre penchant tout aussi fort. Il n’aimoit pas moins le
vin, la bonne chère, la chasse avec fureur, la musique avec une sorte
de ravissement, et le jeu encore, où il ne pouvoit supporter d’être
vaincu, et où le danger avec lui étoit extrême. Enfin livré à toutes
les passions et transporté de tous les plaisirs; souvent farouche,
naturellement porté à la cruauté; barbare en railleries et à produire
les ridicules avec une justesse qui assommoit. De la hauteur des cieux
il ne regardoit les hommes que comme des atomes avec qui il n’avoit
aucune ressemblance quels qu’ils fussent. A peine Messieurs ses frères
lui paroissoient-ils intermédiaires entre lui et le genre humain,
quoique on [eût] toujours affecté de les élever tous trois ensemble
dans une égalité parfaite. L’esprit, la pénétration brilloient en lui
de toutes parts: jusque dans ses furies ses réponses étonnoient; ses
raisonnements tendoient toujours au juste et au profond, même dans
ses emportements. Il se jouoit des connoissances les plus abstraites.
L’étendue et la vivacité de son esprit étoient prodigieuses, et
l’empêchoient de s’appliquer à une seule chose à la fois, jusqu’à l’en
rendre incapable. La nécessité de le laisser dessiner en étudiant, à
quoi il avoit beaucoup de goût et d’adresse, et sans quoi son étude
étoit infructueuse, a peut-être beaucoup nui à sa taille.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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