Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Il épousa Mme de Beauvillier en 1671; le triste état des affaires
de sa maison, que son père avoit ruinées, les engagea à faire cette
alliance de la troisième fille de M. Colbert avec de grands biens.
L’aînée avoit épousé quatre ans auparavant le duc de Chevreuse, et
huit ans après la dernière fut mariée au duc de Mortemart. Les ducs
de Chevreuse[234] et de Beauvillier et leurs femmes se trouvèrent
si parfaitement faits l’un pour l’autre, que ce ne fut qu’un cœur,
qu’une âme, qu’une même pensée, un même sentiment toute leur vie,
une amitié, une considération, une complaisance, une déférence, une
confiance réciproque. Elle étoit pareille entre les deux sœurs, et
la devint bientôt entre les deux beaux-frères. Vivant tous deux à la
cour, attachés par leurs charges, et par la place de dame du palais de
leurs femmes, ils se voyoient sans cesse, et mangeoient par semaine
l’un chez l’autre, ce qui dura jusqu’à ce que les grands emplois du duc
de Beauvillier l’obligèrent à tenir une table publique; ils ne s’en
voyoient guère moins, rarement une seule fois par jour tant qu’ils
vécurent. Il étoit rare aussi d’être ami de l’un à un certain point
sans l’être aussi de l’autre et de leurs épouses.
[234] Charles-Honoré d’Albert, Duc de Luynes et de Chevreuse, was
the grandson of the Constable de Luynes, the minister of Louis
XIII, and the son of the Duc de Luynes who retired to Port-Royal
and was the friend of Pascal. The Dukedom of Chevreuse came from
his grandmother, who after the Constable’s death married the Duc
de Chevreuse, the youngest son of Henri de Guise (_Le Balafré_),
and in the days of the Fronde was conspicuous for her intrigues.
He died in 1712, nearly two years before his brother-in-law. See
IX. 378-387 for a charming portrait.
La piété du duc de Beauvillier, qui commença de fort bonne heure, le
sépara assez de ceux de son âge. Étant à l’armée, à une promenade du
Roi, dans laquelle il servoit, il marchoit seul un jour un peu en
avant; quelqu’un, le remarquant, se prit à dire qu’il faisoit là sa
méditation. Le Roi, qui l’entendit, se tourna vers celui qui parloit,
et le regardant: “Oui, dit-il, voilà M. de Beauvillier, qui est un des
plus sages hommes de la cour et de mon royaume.” Cette subite et courte
apologie fit taire et donna fort à penser, en sorte que les gloseurs
demeurèrent en respect devant son mérite.
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