Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Retiré dans son diocèse, il y vécut avec la piété et l’application d’un
pasteur, avec l’art et la magnificence d’un homme qui n’a renoncé à
rien, qui se ménage tout le monde et toutes choses[236]. Jamais homme
n’a eu plus que lui la passion de plaire, et au valet autant qu’au
maître; jamais homme ne l’a portée plus loin, avec une application
plus suivie, plus constante, plus universelle; jamais homme n’y a plus
entièrement réussi. Cambray est un lieu de grand abord et de grand
passage; rien d’égal à la politesse, au discernement, à l’agrément
avec lequel il recevoit tout le monde. Dans les premières années on
l’évitoit, il ne couroit après personne; peu à peu les charmes de ses
manières lui rapprochèrent un certain gros. A la faveur de cette petite
multitude, plusieurs de ceux que la crainte avoit écartés, mais qui
desiroient aussi de jeter des semences pour d’autres temps, furent
bien aises des occasions de passer à Cambray. De l’un à l’autre tous y
coururent. A mesure que Mgr le duc de Bourgogne parut figurer, la cour
du prélat grossit, et elle en devint une effective aussitôt que son
disciple fut devenu Dauphin. Le nombre de gens qu’il avoit accueillis,
la quantité de ceux qu’il avoit logés chez lui passants par Cambray,
les soins qu’il avoit pris des malades et des blessés qu’en diverses
occasions on avoit portés dans sa ville, lui avoient acquis le cœur des
troupes. Assidu aux hôpitaux et chez les moindres officiers, attentif
aux principaux, en ayant chez lui en nombre et plusieurs mois de suite
jusqu’à leur parfait rétablissement, vigilant en vrai pasteur au
salut de leurs âmes, avec cette connoissance du monde qui les savoit
gagner et qui en engageoit beaucoup à s’adresser à lui-même, et il ne
se refusoit pas au moindre des hôpitaux qui vouloit aller à lui, et
qu’il suivoit comme s’il n’eût point eu d’autres soins à prendre, il
n’étoit pas moins actif au soulagement corporel. Les bouillons, les
nourritures, les consolations des dégoûts, souvent encore les remèdes,
sortoient en abondance de chez lui, et dans ce grand nombre un ordre et
un soin que chaque chose fût du meilleur en sa sorte qui ne se peut
comprendre. Il présidoit aux consultations les plus importantes; aussi
est-il incroyable jusqu’à quel point il devint l’idole des gens de
guerre, et combien son nom retentit jusqu’au milieu de la cour.
[236] See E. de Broglie, _Fénelon à Cambrai_, 1884.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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