Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Ses aumônes, ses visites épiscopales réitérées plusieurs fois l’année,
et qui lui firent connoître par lui-même à fond toutes les parties
de son diocèse, la sagesse et la douceur de son gouvernement, ses
prédications fréquentes dans la ville et dans les villages, la facilité
de son accès, son humanité avec les petits, sa politesse avec les
autres, ses grâces naturelles qui rehaussoient le prix de tout ce qu’il
disoit et faisoit, le firent adorer de son peuple, et les prêtres dont
il se déclaroit le père et le frère, et qu’il traitoit tous ainsi,
le portoient tous dans leurs cœurs. Parmi tant d’art et d’ardeur de
plaire, et si générale, rien de bas, de commun, d’affecté, de déplacé,
toujours en convenance à l’égard de chacun; chez lui abord facile,
expédition prompte et désintéressée; un même esprit, inspiré par le
sien, en tous ceux qui travailloient sous lui dans ce grand diocèse;
jamais de scandale ni rien de violent contre personne; tout en lui
et chez lui dans la plus grande décence. Ses matinées se passoient
en affaires du diocèse. Comme il avoit le génie élevé et pénétrant,
qu’il y résidoit toujours, qu’il ne se passoit point de jour qu’il ne
réglât ce qui se présentoit, c’étoit chaque jour une occupation courte
et légère. Il recevoit après qui le vouloit voir, puis alloit dire
la messe, et il y étoit prompt; c’étoit toujours dans sa chapelle,
hors les jours qu’il officioit, ou que quelque raison particulière
l’engageoit à l’aller dire ailleurs. Revenu chez lui, il dînoit avec
la compagnie, toujours nombreuse, mangeoit peu et peu solidement,
mais demeuroit longtemps à table pour les autres, et les charmoit
par l’aisance, la variété, le naturel, la gaieté de sa conversation,
sans jamais descendre à rien qui ne fût digne et d’un évêque et d’un
grand seigneur; sortant de table il demeuroit peu avec la compagnie.
Il l’avoit accoutumée à vivre chez lui sans contrainte, et à n’en
pas prendre pour elle. Il entroit dans son cabinet et y travailloit
quelques heures, qu’il prolongeoit s’il faisoit mauvais temps et qu’il
n’eût rien à faire hors de chez lui.
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