Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Revenu plus assidûment à la cour, à la mort de Monsieur, l’ennui
l’y gagna et le jeta dans les curiosités de chimie dont j’ai parlé
ailleurs, et dont on sut faire contre lui un si cruel usage. On a peine
à comprendre à quel point ce prince étoit incapable de se rassembler du
monde, je dis avant que l’art infernal de Mme de Maintenon et du duc du
Maine l’en eût totalement séparé; combien peu il étoit en lui de tenir
une cour; combien avec un air désinvolte il se trouvoit embarrassé
et importuné du grand monde, et combien dans son particulier, et
depuis dans sa solitude au milieu de la cour quand tout le monde l’eut
déserté, il se trouva destitué de toute espèce de ressource avec tant
de talents, qui en devoient être une inépuisable d’amusements pour
lui. Il étoit né ennuyé, et il étoit si accoutumé à vivre hors de
lui-même, qu’il lui étoit insupportable d’y rentrer, sans être capable
de chercher même à s’occuper. Il ne pouvoit vivre que dans le mouvement
et le torrent des affaires, comme à la tête d’une armée, ou dans les
soins d’y avoir tout ce dont il auroit besoin pour les exécutions de
la campagne, ou dans le bruit et la vivacité de la débauche. Il y
languissoit dès qu’elle étoit sans bruit et sans une sorte d’excès
et de tumulte, tellement que son temps lui étoit pénible à passer.
Il se jeta dans la peinture après que le grand goût de la chimie fut
passé ou amorti par tout ce qui s’en étoit si cruellement publié. Il
peignoit presque toute l’après-dînée à Versailles et à Marly. Il se
connoissoit fort en tableaux; il les aimoit; il en ramassoit et il en
fit une collection qui en nombre et en perfection ne le cédoit pas aux
tableaux de la couronne. Il s’amusa après à faire des compositions de
pierres et de cachets à la merci du charbon, qui me chassoit souvent
d’avec lui, et des compositions de parfums les plus forts, qu’il aima
toute sa vie, et dont je le détournois, parce que le Roi les craignoit
fort, et qu’il sentoit presque toujours. Enfin jamais homme né avec
tant de talents de toutes les sortes, tant d’ouverture et de facilité
pour s’en servir, et jamais vie de particulier si désœuvrée ni si
livrée au néant et à l’ennui. Aussi Madame ne le peignit-elle pas moins
heureusement qu’avoit fait le Roi par l’apophthegme qu’il répondit sur
lui à Maréchal, et que j’ai rapporté.
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