Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Sa défiance sans exception étoit encore une chose infiniment
dégoûtante avec lui, surtout lorsqu’il fut à la tête des affaires, et
le monstrueux unisson à ceux de sa familiarité hors de débauche. Ce
défaut, qui le mena loin, venoit tout à la fois de sa timidité, qui
lui faisoit craindre ses ennemis les plus certains, et les traiter
avec plus de distinctions que ses amis, de sa facilité naturelle,
d’une fausse imitation d’Henri IV, dont cela même n’est ni le plus
beau ni le meilleur endroit, et de cette opinion malheureuse que
la probité étoit une parure fausse, sans réalité, d’où lui venoit
cette défiance universelle. Il étoit néanmoins très persuadé de la
mienne, jusque-là qu’il me l’a souvent reprochée comme un défaut et
un préjugé d’éducation qui m’avoit resserré l’esprit et accourci les
lumières, et il m’en a dit autant de Mme de Saint-Simon, parce qu’il la
croyoit vertueuse. Je lui avois aussi donné des preuves d’attachement
trop fortes, trop fréquentes, trop continuelles dans les temps les
plus dangereux, pour qu’il en pût douter, et néanmoins voici ce qui
m’arriva dans la seconde ou troisième année de la régence, et je le
rapporte comme un des plus forts coups de pinceau, et si dès lors mon
désintéressement lui avoit été mis en évidence par les plus fortes
coupelles, comme on le verra par la suite.
On étoit en automne. M. le duc d’Orléans avoit congédié les Conseils
pour une quinzaine. J’en profitois pour aller passer ce temps à la
Ferté; je venois de passer une heure seul avec lui, j’en avois pris
congé et j’étois revenu chez moi, où, pour être en repos, j’avois fermé
ma porte. Au bout d’une heure au plus, on me vint dire que Biron[256]
étoit à la porte, qu’il ne se vouloit point laisser renvoyer, et qu’il
disoit qu’il avoit ordre de M. le duc d’Orléans, qui l’envoyoit, de me
parler de sa part. Il faut ajouter que mes deux fils avoient chacun un
régiment de cavalerie, et que tous les colonels étoient lors par ordre
à leurs corps. Je fis entrer Biron avec d’autant plus de surprise, que
je ne faisois que de quitter M. le duc d’Orléans. Je demandai donc avec
empressement ce qu’il y avoit de si nouveau. Biron fut embarrassé, et
à son tour s’informa où étoit le marquis de Ruffec. Ma surprise fut
encore plus grande; je lui demandai ce que cela vouloit dire. Biron,
de plus en plus empêtré, m’avoua que M. le duc d’Orléans en étoit
inquiet, et l’envoyoit à moi pour le savoir. Je lui dis qu’il étoit à
son régiment comme tous les autres, et logé dans Besançon chez M. de
Levis[257], qui commandoit en Franche-Comté. “Mais, me dit Biron, je le
sais bien; n’auriez-vous point quelque lettre de lui?--Pourquoi faire?
répondis-je.--C’est que franchement, puisqu’il vous faut tout dire, M.
le duc d’Orléans, me répondit-il, voudroit voir de son écriture.” Il
m’ajouta que peu après que je l’eus quitté, il étoit descendu dans le
petit jardin de Mme la duchesse d’Orléans, laquelle étoit à Montmartre;
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