Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Quoique nous nous soyons souvent parlé sur la religion, où, tant que
j’ai pu me flatter de quelque espérance de le ramener, je me tournois
de tout sens avec lui pour traiter cet important chapitre sans le
rebuter, je n’ai jamais pu démêler le système qu’il pouvoit s’être
forgé, et j’ai fini par demeurer persuadé qu’il flottoit sans cesse
sans s’en être jamais pu former. Son desir passionné, comme celui de
ses pareils en mœurs, étoit qu’il n’y eût point de Dieu; mais il avoit
trop de lumière pour être athée, qui sont une espèce particulière
d’insensés bien plus rare qu’on ne croit. Cette lumière l’importunoit,
il cherchoit à l’éteindre et n’en put venir à bout. Une âme mortelle
lui eût été une ressource; il ne réussit pas mieux dans les longs
efforts qu’il fit pour se la persuader. Un Dieu existant et une âme
immortelle le jetoient en un fâcheux détroit, et il ne se pouvoit
aveugler sur la vérité de l’un et de l’autre. Le déisme lui parut un
refuge, mais ce déisme trouva en lui tant de combats, que je ne trouvai
pas grand peine à le ramener dans le bon chemin, après que je l’eus
fait rompre avec Mme d’Argenton. On a vu avec quelle bonne foi de sa
part par ce qui en a été raconté. Elle s’accordoit avec ses lumières
dans cet intervalle de suspension de débauche. Mais le malheur de son
retour vers elle le rejeta d’où il étoit parti. Il n’entendit plus
que le bruit des passions qui s’accompagna pour l’étourdir encore des
mêmes propos d’impiété, et de la folle affectation de l’impiété. Je ne
puis donc savoir que ce qu’il n’étoit pas, sans pouvoir dire ce qu’il
étoit sur la religion. Mais je ne puis ignorer son extrême malaise
sur ce grand point, et n’être pas persuadé qu’il ne se fût jeté de
lui-même entre les mains de tous les prêtres et de tous les capucins
de la ville, qu’il faisoit trophée de tant mépriser, s’il étoit tombé
dans une maladie périlleuse qui lui en auroit donné le temps. Son
grand foible en ce genre étoit de se piquer d’impiété et d’y vouloir
surpasser les plus hardis.
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