Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Je me souviens qu’une nuit de Noël à Versailles, où il accompagna le
Roi à matines et aux trois messes de minuit, il surprit la cour par
sa continuelle application à lire dans le livre qu’il avoit apporté,
et qui parut un livre de prière. La première femme de chambre de Mme
la duchesse d’Orléans, ancienne dans la maison, fort attachée et fort
libre, comme le sont tous les vieux bons domestiques, transportée de
joie de cette lecture, lui en fit compliment chez Mme la duchesse
d’Orléans le lendemain, où il y avoit du monde. M. le duc d’Orléans se
plut quelque temps à la faire danser, puis lui dit: “Vous êtes bien
sotte, Mme Imbert; savez-vous donc ce que je lisois? C’étoit Rabelais,
que j’avois porté de peur de m’ennuyer.” On peut juger de l’effet
de cette réponse. La chose n’étoit que trop vraie, et c’étoit pure
fanfaronnade. Sans comparaison des lieux ni des choses, la musique
de la chapelle étoit fort au-dessus de celle de l’Opéra et de toutes
les musiques de l’Europe; et comme les matines, laudes et les trois
messes basses de la nuit de Noël duraient longtemps, cette musique s’y
surpassoit encore. Il n’y avoit rien de si magnifique que l’ornement
de la chapelle et que la manière dont elle étoit éclairée. Tout y
étoit plein; les travées de la tribune remplies de toutes les dames
de la cour en déshabillé, mais sous les armes. Il n’y avoit donc
rien de si surprenant que la beauté du spectacle, et les oreilles y
étoient charmées. M. le duc d’Orléans aimoit extrêmement la musique;
il la savoit jusqu’à composer, et il s’est même amusé à faire lui-même
une espèce de petit opéra, dont la Fare[258] fit les vers, et qui
fut chanté devant le Roi; cette musique de la chapelle étoit donc
de quoi l’occuper le plus agréablement du monde, indépendamment de
l’accompagnement d’un spectacle si éclatant, sans avoir recours à
Rabelais; mais il falloit faire l’impie et le bon compagnon[259].
[258] Charles-Auguste, Marquis de La Fare (1644-1712), a
writer of light verse, whose life was wasted in indolence and
ignoble pleasures. He was a constant guest at the Temple. See
Sainte-Beuve, _Caus. du Lundi_, X.
[259] Ed. Chéruel, XI. 165 ff.; ed. Boislisle, XXVI. 266 ff.
VIII
THE ABBÉ DUBOIS AND THE SEE OF CAMBRAI[260]
[260] Ed. Chéruel, XVII. 20 ff.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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