Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
J’achèverai tout de suite ce qui regarde cette matière pour ne la
pas séparer, et n’avoir pas à y revenir. On y trouvera une anecdote
curieuse sur l’autorité de l’abbé du Bois sur son maître, et sur la
frayeur et le danger de lui déplaire. Il eut ses bulles au commencement
de mai, et fut sacré le dimanche 9 juin. Tout Paris et toute la cour
y fut conviée. Je ne le fus point; j’étois lors mal avec lui, parce
que je ne le ménageois guère avec M. le duc d’Orléans, sur ses vues
du cardinalat et sur son abandon dans les affaires à ce qui convenoit
aux Anglois et à l’Empereur, par lesquels il comptoit d’arriver à
la pourpre romaine. Comme il redoutoit ma liberté, ma franchise, ma
façon de parler à M. le duc d’Orléans qui lui faisoit de fréquentes
impressions, quoique je m’en donnasse assez rarement la peine, et
qu’il avoit celle de les effacer, il revenoit à moi de temps en temps,
me ménageoit, me courtisoit, toujours pourtant détournant tant qu’il
pouvoit la confiance de M. le duc d’Orléans en moi, qu’il resserroit
sans cesse, mais qu’il ne pouvoit arrêter totalement ni même longtemps,
quoique, comme je l’ai dit, je me retirasse beaucoup par le dégoût de
tout ce que je voyois. Ainsi nous étions bien en apparence quelquefois,
et souvent mal.
Ce sacre devoit être magnifique, et M. le duc d’Orléans y devoit
assister. J’en dirai quelques mots dans la suite. Plus la nomination
et l’ordination de l’abbé du Bois avoit fait de bruit, de scandale et
d’horreur, plus les préparatifs superbes de son sacre les augmentoient,
et plus l’indignation en éclatoit contre M. le duc d’Orléans. Je fus
donc le trouver la veille de cet étrange sacre, et d’abordée je lui
dis ce qui m’amenoit. Je le fis souvenir que je ne lui avois jamais
parlé de la nomination de l’abbé du Bois à Cambray, parce qu’il savoit
bien que je ne lui parlois jamais des choses faites; que je ne lui
en parlerois pas encore, si je n’avois appris qu’il devoit aller le
lendemain à son sacre; que je me tairois avec lui de la façon dont il
se faisoit, telle qu’il ne pourroit mieux, si l’usage étoit encore
de faire des princes du sang évêques, et qu’il fût question de son
second fils, parce [que] je regardois cela comme chose déjà faite,
mais que mon attachement pour lui ne me permettoit pas de lui cacher
l’épouvantable effet que faisoit universellement une nomination de tous
points si scandaleuse, une ordination si sacrilège, des préparatifs de
sacre si inouïs pour un homme de l’extraction, de l’état, des mœurs
et de la vie de l’abbé du Bois, non pour lui reprocher ce qui n’étoit
plus réparable, mais pour qu’il sût à quel point en étoit la générale
indignation contre lui, et que de là il conclût ce que ce seroit pour
lui d’y mettre le comble en allant lui-même à ce sacre; je le conjurai
de sentir quel seroit ce contraste avec l’usage, non-seulement des
fils de France, mais des princes du sang, de n’aller jamais à aucun
sacre, parce que je n’appelois pas y aller la curiosité d’en voir un
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