Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
une fois en leur vie, que les rois et les personnes royales avoient
eue quelquefois; j’ajoutai qu’à l’opinion que sa vie et ses discours
ne donnoient que trop continuellement de son défaut de toute religion,
on ne manqueroit pas de dire, de croire et de répandre qu’il alloit à
ce sacre pour se moquer de Dieu et insulter son Église; que l’effet de
cela étoit horrible et toujours fort à craindre, et qu’on y ajouteroit
avec raison que l’orgueil de l’abbé du Bois abusoit de lui en tout,
et que ce trait public de dépendance, par une démarche si étrangement
nouvelle et déplacée, lui attireroit une haine, un mépris, une honte
dont les suites étoient à redouter, que je ne lui en parlois qu’en
serviteur entièrement désintéressé; que son absence ou sa présence à ce
sacre ne changeroit rien à la fortune de l’abbé du Bois, qui ne seroit
ni plus ni moins archevêque de Cambray, et n’obscurciroit en rien la
splendeur préparée pour ce sacre, telle qu’elle ne pourroit être plus
grande, si on avoit un fils de France à sacrer; qu’en vérité c’en étoit
bien assez pour un du Bois, sans prostituer son maître aux yeux de
toute la France, et bientôt après de toute l’Europe, par la bassesse
inouïe d’une démarche où on verroit bien que l’extrême pouvoir de du
Bois sur lui l’auroit entraîné de force. Je finis par le conjurer de
n’y point aller, et par lui dire qu’il savoit en quels termes actuels
l’abbé du Bois et moi étions ensemble; que j’étois le seul homme de
marque qu’il n’eût point convié; que nonobstant tout cela, s’il me
vouloit promettre et me tenir sa parole de n’aller point à ce sacre,
je lui donnois la mienne d’y aller, moi, et d’y demeurer tout du long,
quelque horreur que j’en eusse et quelque blessé que je fusse de ce que
cela feroit sûrement débiter que ce trait de courtisan étoit pour me
raccommoder avec lui, moi si éloigné d’une pareille misère et qui osai
me vanter, puisqu’il le falloit aujourd’hui, d’avoir jusqu’à ce moment
conservé chèrement toute ma vie mon pucelage entier sur les bassesses.
Ce propos, vivement prononcé et encore plus librement et plus
énergiquement étendu, fut écouté d’un bout à l’autre. Je fus surpris
qu’il me dit que j’avois raison, que je lui ouvrais les yeux, plus
encore qu’il m’embrassa, me dit que je lui parlois en véritable ami, et
qu’il me donnoit sa parole et me la tiendrait de n’y point aller. Nous
nous séparâmes là-dessus, moi le confirmant encore, lui promettant de
nouveau que j’irois, et lui me remerciant de cet effort. Il n’eut nulle
impatience, nulle envie que je m’en allasse, car je le connoissois
bien, et je l’examinois jusqu’au fond de l’âme, et ce fut moi qui le
quittai, bien content de l’avoir détourné d’une si honteuse démarche et
si extraordinaire. Qui n’eût dit qu’il ne m’eût tenu parole? car on va
voir qu’il le vouloit; mais voici ce qui arriva[264].
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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