Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
De là ce desir de gloire qui l’arrachoit par intervalles à l’amour;
de là cette facilité à Louvois de l’engager en de grandes guerres,
tantôt pour culbuter Colbert, tantôt pour se maintenir ou s’accroître,
et de lui persuader en même temps qu’il étoit plus grand capitaine
qu’aucun de ses généraux, et pour les projets et pour les exécutions,
en quoi les généraux l’aidoient eux-mêmes pour plaire au Roi. Je dis
les Condé, les Turenne, et à plus forte raison tous ceux qui leur ont
succédé. Il s’approprioit tout avec une facilité et une complaisance
admirable en lui-même, et se croyoit tel qu’ils le dépeignoient en lui
parlant. De là ce goût de revues, qu’il poussa si loin que ses ennemis
l’appeloient le roi des revues, ce goût de sièges pour y montrer
sa bravoure à bon marché[43], s’y faire retenir à force, étaler sa
capacité, sa prévoyance, sa vigilance, ses fatigues, auxquelles son
corps robuste et admirablement conformé, étoit merveilleusement propre,
sans souffrir de la faim, de la soif, du froid, du chaud, de la pluie,
ni d’aucun mauvais temps. Il étoit sensible aussi à entendre admirer,
le long des camps, son grand air et sa grande mine, son adresse à
cheval et tous ses travaux. C’étoit de ses campagnes et de ses troupes
qu’il entretenoit le plus ses maîtresses, quelquefois ses courtisans.
Il parloit bien, en bons termes, avec justesse; il faisoit un conte
mieux qu’homme du monde, et aussi bien un récit. Ses discours les plus
communs n’étoient jamais dépourvus d’une naturelle et sensible majesté.
[43] This reflection on the king’s courage is undeserved, though
it is true that he took part in numerous sieges and not in a
single battle.
Son esprit, naturellement porté au petit, se plut en toutes sortes
de détails. Il entra sans cesse dans les derniers sur les troupes:
habillements, armements, évolutions, exercices, discipline, en un
mot, toutes sortes de bas détails. Il ne s’en occupoit pas moins sur
ses bâtiments, sa maison civile, ses extraordinaires de bouche; il
croyoit toujours apprendre quelque chose à ceux qui en ces genres-là
en savoient le plus, qui de leur part recevoient en novices des leçons
qu’ils savoient par cœur il y avoit longtemps. Ces pertes de temps, qui
paroissoient au Roi avec tout le mérite d’une application continuelle,
étoient le triomphe de ses ministres, qui avec un peu d’art et
d’expérience à le tourner, faisoient venir comme de lui ce qu’ils
vouloient eux-mêmes et qui conduisoient le grand selon leurs vues et
trop souvent selon leur intérêt, tandis qu’ils s’applaudissoient de le
voir se noyer dans ces détails[44].
[44] M. de Boislisle cites in support of this Fénelon’s
celebrated _Lettre à Louis XIV_ (_Correspondance_, II. 329 ff.).
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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