Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Comme il étoit peu sensible au froid et au chaud, même à la pluie, il
n’y avoit que des temps extrêmes qui l’empêchassent de sortir tous les
jours. Ces sorties n’avoient que trois objets: courre le cerf, au moins
une fois la semaine, et souvent plusieurs, à Marly et à Fontainebleau,
avec ses meutes et quelques autres; tirer dans ses parcs, et homme en
France ne tiroit si juste, si adroitement, ni de si bonne grâce, et il
y alloit aussi une ou deux fois la semaine, surtout les dimanches et
les fêtes qu’il ne vouloit point de grandes chasses, et qu’il n’avoit
point d’ouvriers; les autres jours voir travailler et se promener
dans ses jardins et ses bâtiments; quelquefois des promenades avec
des dames, et la collation pour elles, dans la forêt de Marly et dans
celle de Fontainebleau; et dans ce dernier lieu, des promenades avec
toute la cour autour du canal, qui étoit un spectacle magnifique, où
quelques courtisans se trouvoient à cheval. Aucuns ne le suivoient en
ses autres promenades que ceux qui étoient en charges principales qui
approchoient le plus de sa personne, excepté lorsque, assez rarement,
il se promenoit dans ses jardins de Versailles, où lui seul étoit
couvert, ou dans ceux de Trianon, lorsqu’il y couchoit et qu’il y étoit
pour quelques jours, non quand il y alloit de Versailles s’y promener
et revenir après. A Marly de même; mais s’il y demeuroit, tout ce qui
étoit du voyage avoit toute liberté de l’y suivre dans les jardins, l’y
joindre, l’y laisser, en un mot, comme ils vouloient.
Ce lieu avoit encore un privilège qui n’étoit pour nul autre; c’est
qu’en sortant du château, le Roi disoit tout haut: _Le chapeau,
Messieurs_; et aussitôt courtisans, officiers des gardes du corps, gens
des bâtiments se couvroient tous, en avant, en arrière, à côté de lui,
et il auroit trouvé mauvais si quelqu’un eût non-seulement manqué,
mais différé à mettre son chapeau, et cela duroit toute la promenade,
c’est-à-dire quelquefois quatre et cinq heures en été, ou en d’autres
saisons, quand il mangeoit de bonne heure à Versailles pour s’aller
promener à Marly, et n’y point coucher.
La chasse du cerf étoit plus étendue. Y alloit à Fontainebleau qui
vouloit; ailleurs, il n’y avoit que ceux qui en avoient obtenu la
permission une fois pour toutes, et ceux qui en avoient obtenu le
justaucorps, qui étoit uniforme, bleu, avec des galons, un d’argent
entre deux d’or, doublé de rouge. Il y en avoit un assez grand nombre,
mais jamais qu’une partie à la fois, que le hasard rassembloit. Le Roi
aimoit à y avoir une certaine quantité, mais le trop l’importunoit, et
troubloit la chasse. Il se plaisoit qu’on l’aimât, mais il ne vouloit
pas qu’on y allât sans l’aimer; il trouvoit cela ridicule, et ne savoit
aucun mauvais gré à ceux qui n’y alloient jamais.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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