Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Les jours de médecine, qui revenoient tous les mois au plus loin, il
la prenoit dans son lit, puis entendoit la messe, où il n’y avoit que
les aumôniers et les entrées. Monseigneur et la maison royale venoient
le voir un moment; puis M. du Maine, M. le comte de Toulouse, lequel y
demeuroit peu, et Mme de Maintenon venoient l’entretenir. Il n’y avoit
qu’eux et les valets intérieurs dans le cabinet, la porte ouverte. Mme
de Maintenon s’asseyoit dans le fauteuil au chevet du lit. Monsieur
s’y mettoit quelquefois, mais avant que Mme de Maintenon fût venue, et
d’ordinaire après qu’elle étoit sortie; Monseigneur toujours debout, et
les autres de la maison royale un moment. M. du Maine, qui y passoit
toute la matinée, et qui étoit fort boiteux, se mettoit auprès du lit
sur un tabouret, quand il n’y avoit personne que Mme de Maintenon et
son frère. C’étoit où il tenoit le dé à les amuser tous deux, et où
souvent il en faisoit de bonnes. Le Roi dînoit dans son lit, sur les
trois heures, où tout le monde entroit, puis se levoit, et il n’y
demeuroit que les entrées. Il passoit après dans son cabinet, où il
tenoit conseil, et après il alloit à l’ordinaire chez Mme de Maintenon,
et soupoit à dix heures au grand couvert.
Le Roi n’a de sa vie manqué la messe qu’une fois à l’armée, un jour
de grande marche, ni aucun jour maigre, à moins de vraie et très rare
incommodité. Quelques jours avant le carême, il tenoit un discours
public à son lever, par lequel il témoignoit qu’il trouverait fort
mauvais qu’on donnât à manger gras à personne, sous quelque prétexte
que ce fût, et ordonnoit au grand prévôt d’y tenir la main, et de lui
en rendre compte. Il ne vouloit pas non plus que ceux qui mangeoient
gras mangeassent ensemble, ni autre chose que bouilli et rôti fort
court, et personne n’osoit outre-passer ses défenses; car on s’en
serait bientôt ressenti. Elles s’étendoient à Paris, où le lieutenant
de police y veilloit et lui en rendoit compte. Il y avoit douze ou
quinze ans qu’il ne faisoit plus de carême; d’abord quatre jours
maigres, puis trois, et les quatre derniers de la semaine sainte. Alors
son très petit couvert étoit fort retranché les jours qu’il faisoit
gras; et le soir au grand couvert tout étoit collation[123], et le
dimanche tout étoit en poisson; cinq ou six plats gras tout au plus,
tant pour lui que pour ceux qui à sa table mangeoient gras. Le vendredi
saint, grand couvert matin et soir, en légumes, sans aucun poisson, ni
à pas une de ses tables.
[123] A light meal which took the place of supper on fast-days.
Readers of Pascal will recollect how in the fifth Provincial
Letter the friendly Jesuit relieves the writer of the duty of
fasting, if he could not sleep without a proper supper.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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