Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
L’Empereur en prit le deuil comme d’un père; et quoique il y eût quatre
ou cinq mois depuis la mort du Roi jusqu’au carnaval, toute espèce
de divertissement fut défendu à Vienne, et observé exactement. Le
monstrueux fut que, sur la fin du carnaval, il y eut un bal unique,
avec une espèce de fête, que le comte du Luc, ambassadeur de France,
n’eut pas honte de donner aux dames, qui le séduisirent par l’ennui
d’un carnaval si triste. Cette complaisance ne le fit pas estimer à
Vienne ni ailleurs; en France on se contenta de l’ignorer. Pour nos
ministres et les intendants des provinces, les financiers, et ce qu’on
peut appeler la canaille, ceux-là sentirent toute l’étendue de leur
perte. Nous allons voir si le royaume eut tort ou raison des sentiments
qu’il montra, et s’il trouva bientôt après qu’il eût gagné ou perdu.
IV
MADAME AND MME DE MAINTENON[128]
[128] Ed. Chéruel, III. 37-40; ed. Boislisle, VIII. 349-355.
Le samedi 11 juin, la cour retourna à Versailles, où en arrivant le Roi
alla voir Madame, M. et Mme de Chartres, chacun dans leur appartement;
elle, fort en peine de la situation où elle se trouvoit avec le Roi,
dans une occasion où il y alloit du tout pour elle, et avoit engagé la
duchesse de Ventadour de voir Mme de Maintenon. Elle le fit: Mme de
Maintenon ne s’expliqua qu’en général, et dit seulement qu’elle iroit
chez Madame au sortir de son dîner, et voulut que Mme de Ventadour[129]
se trouvât chez Madame et fût en tiers pendant sa visite. C’étoit le
dimanche[130], le lendemain du retour de Marly. Après les premiers
compliments, ce qui étoit là sortit, excepté Mme de Ventadour. Alors
Madame fit asseoir Mme de Maintenon, et il falloit pour cela qu’elle en
sentît tout le besoin. Elle entra en matière sur l’indifférence avec
laquelle le Roi l’avoit traitée pendant toute sa maladie, et Mme de
Maintenon la laissa dire tout ce qu’elle voulut, puis lui répondit que
le Roi lui avoit ordonné de lui dire que leur perte commune effaçoit
tout dans son cœur, pourvu que dans la suite il eût lieu d’être plus
content d’elle qu’il n’avoit eu depuis quelque temps, non-seulement
sur ce qui regardoit ce qui s’étoit passé à l’égard de M. le duc
de Chartres, mais sur d’autres choses encore plus intéressantes,
dont il n’avoit pas voulu parler, et qui étoient la vraie cause de
l’indifférence qu’il avoit voulu lui témoigner pendant qu’elle avoit
été malade. A ce mot, Madame, qui se croyoit bien assurée, se récrie,
proteste qu’excepté le fait de son fils elle n’a jamais rien dit ni
fait qui pût déplaire, et enfile des plaintes et des justifications.
Comme elle y insistoit le plus, Mme de Maintenon tire une lettre de
sa poche et la lui montre, en lui demandant si elle en connoissoit
l’écriture. C’étoit une lettre de sa main à sa tante la duchesse
d’Hanovre[131], à qui elle écrivoit tous les ordinaires, où, après des
nouvelles de cour, elle lui disoit en propres termes qu’on ne savoit
plus que dire du commerce du Roi et de Mme de Maintenon, si c’étoit
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