Pour devenir membre d’une de ces Sociétés, on doit avoir le moins de
cheveux possible. S’il y en reste plusieurs qui resistent aux
dépilatoires naturelles et autres, on doit avoir quelques
connaissances, n’importe dans quel genre. Dès le moment qu’on ouvre
la porte de la Société, on a un grand intérêt dans toutes les choses
dont on ne sait rien. Ainsi, un microscopiste démontre un nouveau
_flexor_ du _tarse_ d’un _melolontha vulgaris_. Douze savans
improvisés, portans des besicles, et qui ne connaissent rien des
insectes, si ce n’est les morsures du _culex_, se précipitent sur
l’instrument, et voient—une grande bulle d’air, dont ils
s’émerveillent avec effusion. Ce qui est un spectacle plein
d’instruction—pour ceux qui ne sont pas de ladite Société. Tous les
membres regardent les chimistes en particulier avec un air
d’intelligence parfaite pendant qu’ils prouvent dans un discours
d’une demiheure que O6 N3 H5 C6 etc. font quelque chose qui n’est
bonne à rien, mais qui probablement a une odeur très désagréable,
selon l’habitude des produits chimiques. Après celà vient un
mathématicien qui vous bourre avec des a+b et vous rapporte enfin un
x+y, dont vous n’avex pas besoin et qui ne change nullement vos
relations avec la vie. Un naturaliste vous parle des formations
spéciales des animaux excessivement inconnus, dont vous n’avez jamais
soupçonné l’existence. Ainsi il vous décrit les _follicules_ de
_l’appendix vermiformis_ d’un _dzigguetai_. Vous ne savez pas ce que
c’est qu’un _follicule_. Vous ne savez pas ce que c’est qu’un
_appendix uermiformis_. Vous n’avez jamais entendu parler du
_dzigguetai_. Ainsi vous gagnez toutes ces connaisances à la fois,
qui s’attachent à votre esprit comme l’eau adhére aux plumes d’un
canard. On connait toutes les langues _ex officio_ en devenant
membre d’une de ces Sociétés. Ainsi quand on entend lire un Essai
sur les dialectes Tchutchiens, on comprend tout celà de suite, et
s’instruit énormément.
Il y a deux espèces d’individus qu’on trouve toujours à ces Sociétés:
1° Le membre à questions; 2° Le membre à “Bylaws.”
La _question_ est une spécialité. Celui qui en fait métier ne fait
jamais des réponses. La question est une manière très commode de
dire les choses suivantes: “Me voilà! Je ne suis pas fossil, moi,—je
respire encore! J’ai des idées,—voyez mon intelligence! Vous ne
croyiez pas, vous autres, que je savais quelque chose de celà! Ah,
nous avons un peu de sagacité, voyez vous! Nous ne sommes nullement
la bête qu’on pense!”—_Le faiseur de questions donne peu d’attention
aux réponses qu’on fait_; _ce n’est pas là dans sa spécialité_.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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