The Book of the Homeless (Le livre des sans-foyer) — John Shaqi
The Book of the Homeless (Le livre des sans-foyer)
History
The Book of the Homeless (Le livre des sans-foyer)
World War, 1914-1918
Je n’aime pas raconter cette histoire, dit le Général, parce que à
chaque fois, c’est bête, je pleure. Mais elle fait aimer la France....
Il s’agit de deux enfants admirablement doués, pleins de cœur et
d’esprit et qu’aimaient tous ceux qui les rencontraient. Je les avais
connus tout petits. Quand la guerre éclata, le plus jeune, François,
venait d’être admis à Saint-Cyr. Il n’eut pas le temps d’y entrer et
avec toute la promotion il fut d’emblée nommé sous-lieutenant. Vous
pensez s’il rayonnait de joie! Dix-neuf ans l’épaulette et les
batailles! Son aîné Jacques, un garçon de vingt ans, tout à fait
remarquable de science et d’éloquence, travaillait encore à la Faculté
de Droit dont il était lauréat. Lui aussi il partit comme
sous-lieutenant.
Les deux frères se retrouvèrent dans la même brigade de “la division de
fer,” le plus jeune au 26ᵉ de ligne et l’aîné au 27ᵉ. Ils cantonnaient
dans un village dévasté et chaque jour joyeusement se retrouvaient,
plaisant à tous et gagnant par leur jeunesse et leur amitié une sorte de
popularité auprès des soldats.
Bientôt on apprit que le régiment du Saint-Cyrien allait avoir à marcher
et que ce serait chaud. En cachette Jacques s’en alla demander au
colonel la permission de prendre la place de son petit François qu’il
trouvait trop peu préparé pour une action qui s’annonçait rude.
Le colonel reconnut la générosité de cette demande mais coupa court en
disant:
--On ne peut pas faire passer un officier d’un corps à un autre corps.
Le jour fixé pour l’attaque arriva. La première compagnie à laquelle
appartenait François fut envoyé en tirailleurs. Elle fut fauchée. Une
autre suivit. Et puis une autre encore. Leurs ailes durent se replier en
laissant sur le terrain leurs morts et une partie de leurs blessés. Le
petit sous-lieutenant n’était pas de ceux qui revinrent.
Le surlendemain nous reprîmes l’offensive. L’aîné en enlevant avec son
régiment les tranchées allemandes, passa auprès du corps de son petit
François tout criblé de balles. Un peu plus loin il reçut une blessure à
l’épaule.
Son capitaine lui ordonna d’aller se faire panser. Il refusa, continua
et fut blessé d’une balle dans la tête.
Les corps furent ramassés et ramenés dans les ruines du village. Les
sapeurs du 26ᵉ dirent alors:
--On n’enterrera pas ce bon petit sous-lieutenant sans un cercueil. Nous
allons lui en faire un.
Ils se mirent à scier et à clouer.
Ceux du 27ᵉ dirent alors:
--Il ne faut pas traiter différemment les deux frères. Nous allons, nous
aussi, faire un cercueil pour notre lieutenant.
Au soir, on se préparait à les enterrer côte à côte quand une vieille
femme éleva la voix.
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