The Book of the Homeless (Le livre des sans-foyer)
History
The Book of the Homeless (Le livre des sans-foyer)
World War, 1914-1918
Elles le baisent toutes, cent fois, suavement, comme on mange le raisin
à la grappe; et les unes pleurent; les autres sourient, telles de
tendres folles.
C’est moi, l’amant! C’est moi le fiancé, que vous portez ainsi, mes
belles. C’est moi, le soc de la terre et le coutre d’amour que vous
allez ensevelir dans l’herbe.
Et celle qui eût été mon champ, mourra sans fleurs et sans épis.
Du moins, sauvez-moi de la mort froide et de l’oubli.
Prenez moi dans votre paradis de femmes, entre vos lèvres.
Une heure encore, tenez moi et me serrez dans votre doux giron qui sent
la menthe fraîche, le miel, le romarin et la brûlante giroflée.
Gardez moi, je vous prie, dans la chambre des baisers. Je me suis séparé
de mes autres armes: immortelles, elles n’ont pas besoin de moi.
Et puisqu’il faut un linceul, cousez moi dans vos cheveux avec vos
larmes. Cousez moi, à longues aiguillées de pleurs, dans vos ardents
cheveux.
V
Si nous ne sommes amour, que sommes nous? Toutes, ici, nous voici
vouées, adieu semailles! au soleil qui s’en va chaque soir et aux
cruelles pluies.
Amants, nos bien aimés, tel est donc l’amour pour qui nous sommes nées?
Mères, pourquoi fîtes-vous ces filles malheureuses? Nos âmes bondissent
en révolte. Et tous nos cœurs qui veulent sortir de nous!
Baisons nous, sœurs chéries, au nom de l’amour et de la mort: et du
Seigneur qui aime, qui ouvre au ciel les sources, et les parcs d’amour,
pour tous les Aimés, au paradis.
--O belles, ô douloureuses, chantent les jeunes filles, vous qui êtes
séparées de votre chair et de vos baisers, venez.
--Et vous, petites filles, disent les jeunes femmes, ô délicieuses,
divisées de vos désirs, privées de votre attente et des caresses, venez.
--Chers cœurs!
--Chères femmes!
* * * * *
Elles pleurent, et se baisent doucement aux lèvres, avec un sourire.
Puis elles se sont saluées, en chantant, sous le portique de la nuit,
tandis que l’océan dévorait les derniers tisons et les œillets suprêmes
du couchant.
ANDRÉ SUARÈS
_ANDRÉ SUARÈS_
SONG OF THE WELSH WOMEN
[TRANSLATION]
Here comes the night, with the storm. Slowly the passionate sun goes
down; like a wounded man he drags himself over the hill; swimming in
blood he sinks toward the sea. Soon the divine Hero will be laid on the
bed of his choice.
Here comes the night. The maidens of the West come out across the
meadows, and the young women of the land come out to meet them. Two
singing choirs, they mingle in the flowered grass, and in the smell of
the black wheat that is like the smell of honey and vanilla.
Forward they go to meet each other, maids and they that once were
maids--nests of kisses, and those that willingly would be so. They long
to dance, but lovers and bridegrooms are far away: all have gone out to
the stern work of war. No more can the women tread the red wine of joy
in the dance; they have no mind to dance with one another, and so they
sing instead.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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