Il me dit que le gouvernement tenait à ce qu’elle ne
vînt pas devant la Cour le 27 avril, date fixée depuis
longtemps; qu’elle pouvait créer des embarras au ministre
des finances, au moment où celui-ci avait déjà les
affaires des liquidations des congrégations religieuses,
celles du Crédit Foncier et autres du même genre.
Le président du Conseil me donna l’ordre d’obtenir
du président de la Chambre correctionnelle la remise
de cette affaire après les vacances judiciaires
d’août-septembre.
J’ai protesté avec énergie. J’ai indiqué combien il
m’était pénible de remplir une pareille mission.
J’ai supplié qu’on laissât l’affaire Rochette suivre son
cours normal. Le président du Conseil maintint ses ordres
et m’invita à aller le revoir pour lui rendre compte.
J’étais indigné. Je sentais bien que c’était les amis de
Rochette qui avaient monté ce coup invraisemblable.
Le vendredi 24 mars Monsieur M.B. ... vint au Parquet.
Il me déclara que, cédant aux sollicitations de son ami
le ministre des finances, il allait se porter malade et
demander la remise après les grandes vacances de son ami
Rochette.
Je lui répondis qu’il avait l’air fort bien portant, mais
qu’il ne m’appartenait pas de discuter les raisons de
santé personnelle invoquées par un avocat, et que je ne
pouvais, le cas échéant, que m’en rapporter à la sagesse
du Président.
Il écrivit au magistrat.
Celui-ci, que je n’avais pas vu et que je ne voulais pas
voir, lui répondit par un refus.
M^e Maurice Bernard s’en montra fort irrité. Il vint récriminer
auprès de moi et me fit comprendre, par des allusions à peine
voilées, qu’il était au courant de tout.
Que devais-je faire?
Après un violent combat intérieur, après une véritable
crise dont fut témoin, seul témoin d’ailleurs, mon ami et
substitut Bloch-Laroque, je me suis décidé, contraint par
la violence morale exercée sur moi, à obéir.
J’ai fait venir Monsieur le président Bidault de L’Isle.
Je lui ai exposé avec émotion la situation où je me
trouvais. Finalement, M. Bidault de L’Isle consentit, par
affection pour moi, à la remise demandée.
Le soir même, c’est-à-dire le jeudi 30 mars, je suis allé
chez M. le président du Conseil et lui ai dit ce que
j’avais fait.
Il a paru fort content.
Je l’étais beaucoup moins.
Dans l’antichambre j’avais vu M. du Mesnil,
directeur du _Rappel_, journal favorable à Rochette et
m’outrageant fréquemment. Il venait, sans doute, demander
si je m’étais soumis.
Jamais je n’ai subi une telle humiliation.
Ce 31 mars 1911.
V. FABRE.
_Annexe._ [This was not read in the Chamber.]
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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