Canada -- Description and travel; Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada
"Pour s'en garantir, s'ils ne peuvent approcher du feu, où il est
difficile qu'ils puissent tenir tous, quand même il n'y auroit personne
dans la cabanne, ils vont se coucher sur les premiers, qu'ils
rencontrent, et souvent on se réveille la nuit en sursaut, presque
étouffé par deux ou trois chiens. S'ils étoient un peu plus discrets, et
se plaçoient mieux, leur compagnie ne seroit pas trop fâcheuse, on s'en
accommoderoit même assez, mais ils se placent où ils peuvent; on a beau
les chasser, ils reviennent d'abord. C'est bien pis encore le jour; dès
qu'il parôit quelque chose à manger, il faut voir les mouvemens qu'ils
se donnent pour en avoir leur part. Un pauvre missionnaire est à demi
couché auprès du feu pour dire son bréviaire, ou pour lire un livre, en
luttant de son mieux contre la fumée, et il faut qu'il essuye encore
l'importunité d'une douzaine de chiens, qui ne font que passer et
repasser sur lui, en courant après un morceau de viande, qu'ils ont
apperçu. S'il a besoin d'un peu de repos, à peine trouvera-t'il un petit
recoin, où il soit à l'abri de cette véxation. Si on lui apporte à
manger, les chiens ont plutôt mis le museau dans son plat, qu'il n'y a
porté la main; et souvent tandis qu'il est occupé à défendre sa portion
contre ceux, qui l'attaquent de front, il en vieut un par derriere, qui
lui enlève la moitié, ou qui en le heurtant, lui fait tomber le plat des
mains, et répandre sa sagamité dans les cendres.
"Assez souvent les maux, dont je viens de parler, sont effacés par un
plus grand, et au prix duquel tous les autres ne sont rien; c'est la
faim. Les provisions, qu'on a apportées, ne durent pas lontems, on a
compté sur la chasse, et elle ne donne pas toujours. Il est vrai que les
sauvages sçavent endurer la faim avec autant de patience, qu'ils
apportent peu de précautions pour s'en garantir; mais ils se trouvent
quelquefois réduits à une si grande extrémité, qu'ils y succombent. Le
missionnaire, de qui j'ai tiré ce détail, fut obligé dans son premier
hyvernement, de manger les peaux d'aguilles et d'élans, dont il avoit
rapetassé sa soutanne; après quoi il lui fallut se nourrir des jeunes
branches, et des plus tendres écorces des arbres. Il soutint néanmoins
cette épreuve, sans que sa santé en fût alterée, mais tous n'en ont pas
eu la force.
"La seule malpropreté des cabannes, et l'infection, qui en est une suite
nécessaire, sont pour tout autre qu'un sauvage, un vrai supplice; il est
aisé de juger jusqu'où l'une et l'autre doivent aller parmi des gens,
qui ne changent de hardes, que quand les leurs tombent par lambeaux, et
qui n'ont nul soin de les nettoyer. L'été ils se baignent tous les
jours, mais ils se frottent aussitôt d'huile ou de graisse d'une odeur
forte. L'hyver ils demeurent dans leur crasse, et dans tous les tems on
ne peut entrer dans leurs cabannes, qu'on ne soit empesté.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account