Introduction by ANATOLE LE BRAZ, Professor of French Literature,
University of Rennes, Brittany; author of _La Légende de la Mort, Au
Pays des Pardons_, &c.
MON CHER MONSIEUR WENTZ,
Il me souvient que, lors de votre soutenance de thèse devant la Faculté
des Lettres de l'Université de Rennes, un de mes collègues, mon ami, le
professeur Dottin, vous demanda:
'Vous croyez, dites-vous, à l'existence des fées? En avez-vous vu?'
Vous répondîtes, avec autant de phlegme que de sincérité:
'Non. J'ai tout fait pour en voir, et je n'en ai jamais vu. Mais il y a
beaucoup de choses que vous n'avez pas vues, monsieur le professeur, et
dont vous ne songeriez cependant pas à nier l'existence. Ainsi fais-je à
l'égard des fées.'
Je suis comme vous, mon cher monsieur Wentz: je n'ai jamais vu de fées.
J'ai bien une amie très chère que nous avons baptisée de ce nom, mais,
malgré tous ses beaux dons magiques, elle n'est qu'une humble mortelle.
En revanche, j'ai vécu, tout enfant, parmi des personnes qui avaient
avec les fées véritables un commerce quasi journalier.
C'était dans une petite bourgade de Basse-Bretagne, peuplée de paysans à
moitié marins, et de marins à moitié paysans. Il y avait, non loin du
village, une ancienne gentilhommière que ses propriétaires avaient
depuis longtemps abandonnée pour on ne savait au juste quel motif. On
continuait de l'appeler le 'château' de Lanascol, quoiqu'elle ne fût
plus guère qu'une ruine. Il est vrai que les avenues par lesquelles on y
accédait avaient conservé leur aspect seigneurial, avec leurs quadruples
rangées de vieux hêtres dont les vastes frondaisons se miraient dans de
magnifiques étangs. Les gens d'alentour se risquaient peu, le soir, dans
ces avenues. Elles passaient pour être, à partir du coucher du soleil,
le lieu de promenade favori d'une 'dame' que l'on désignait sous le nom
de _Groac'h Lanascol_,--la 'Feé de Lanascol'.
Beaucoup disaient l'avoir rencontrée, et la dépeignaient sous les
couleurs, du reste, les plus diverses. Ceux-ci faisaient d'elle une
vieille femme, marchant toute courbée, les deux mains appuyées sur un
tronçon de béquille avec lequel, de temps en temps, elle remuait, à
l'automne, les feuilles mortes. Les feuilles mortes qu'elle retournait
ainsi devenaient soudain brillantes comme de l'or et s'entrechoquaient
avec un bruit clair de métal. Selon d'autres, c'était une jeune
princesse, merveilleusement parée, sur les pas de qui s'empressaient
d'étranges petits hommes noirs et silencieux. Elle s'avançait d'une
majestueuse allure de reine. Parfois elle s'arrêtait devant un arbre, et
l'arbre aussitôt s'inclinait comme pour recevoir ses ordres. Ou bien,
elle jetait un regard sur l'eau d'un étang, et l'étang frissonnait
jusqu'en ses profondeurs, comme agité d'un mouvement de crainte sous la
puissance de son regard.
On racontait sur elle cette curieuse histoire:--
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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