Je suis persuadé que le culte des saints, qui est la première et la plus
fervente des dévotions bretonnes, conserve bien des traits d'une
religion plus ancienne où la croyance aux fées jouait le principal
rôle. Et il en va de même, j'en suis convaincu, pour ces mythes
funéraires que j'ai recueillis sous le titre de _La Légende de la Mort_
chez les Bretons armoricains. A vrai dire, dans la conception bretonne,
les morts ne sont pas morts; ils vivent d'une vie mystérieuse en marge
de la vie réelle, mais leur monde reste, en définitive, tout mêlé au
nôtre et, sitôt que la nuit tombe, sitôt que les vivants proprement dits
s'abandonnent à la mort momentanée du sommeil, les soi-disant morts
redeviennent les habitants de la terre qu'ils n'ont jamais quittée. Ils
reprennent leur place à leur foyer d'autrefois, ils vaquent à leurs
anciens travaux, ils s'intéressent au logis, aux champs, à la barque;
ils se comportent, en un mot, comme ce peuple des hommes et des
femmes-fées qui formait jadis une espèce d'humanité plus fine et plus
délicate au milieu de la véritable humanité.
* * * * *
J'aurais encore, mon cher monsieur Wentz, bien d'autres types à évoquer,
dans cet intermonde de la féerie bretonne qui, chez mes compatriotes, ne
se confond ni avec ce monde-ci, ni avec l'autre, mais participe à la
fois de tous les deux, par un singulier mélange de naturel et de
surnaturel. Je n'ai voulu, en ces lignes rapides, que montrer la
richesse de la matière à laquelle vous avez, avec tant de conscience et
de ferveur, appliqué votre effort. Et maintenant, que les fées vous
soient douces, mon cher ami! Elles ne seront que justes en favorisant de
toute leur tendresse le jeune et brillant écrivain qui vient de
restaurer leur culte en rénovant leur gloire.
RENNES,
ce 1{er} _novembre_ 1910.
My dear Mr. Wentz,
I recollect that, at the time of your examination on your thesis
before the Faculty of Letters of the University of Rennes, one of my
colleagues, my friend Professor Dottin, put to you this question:--
'You believe, you assert, in the existence of fairies? Have you seen
any?'
You answered, with equal coolness and candour:
'No. I have made every effort to do so, and I have never seen any.
But there are many things which you, sir, have not seen, and of
which, nevertheless, you would not think of denying the existence.
That is my attitude toward fairies.'
I am like you, my dear Mr. Wentz: I have never seen fairies. It is
true that I have a very dear lady friend whom we have christened by
that name [fairy], but, in spite of all her fair supernatural gifts,
she is only a humble mortal. On the other hand, I lived, when a mere
child, among people who had almost daily intercourse with real
fairies.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account