The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
[24] Or maintenant il est temps qu'arrivés par la grâce de Dieu en
santé nous jettions les yeux sur le pays, et y considerions un peu
l'estat de la chrestienté que nous y trouvons. Tout son fondement
consiste après Dieu en cette petite habitation d'une famille
d'environ vingt personnes. Messire Iessé Flesche, vulgairement dict
le Patriarche, en a eu la charge, et, dans un an qu'il y a demeuré, a
baptizé quelque cent ou tant des Sauvages. Le mal a esté qu'il ne les
a pu instruire comme il eust bien désiré, faute de sçavoir la langue,
et avoir de quoy les entretenir; car celui qui leur nourrit l'âme
faut quand et quand qu'il se delibere de sustenter leur corps. Ce bon
personnage nous a fait beaucoup d'amitié, et a remercié Dieu de nostre
venue; car il avoit jà de longtemps resolu de repasser en France à la
premiere commodité; ce qu'il est bien ayse de faire maintenant, sans le
regret d'abandonner une vigne qu'il auroit plantée.
On n'a pû jusques à maintenant traduire au langage du pays la croyance
commune ou symbole, l'oraison de nostre Seigneur, les commandemens de
Dieu, les Sacremens et autres chefs totalement necessaires à faire un
chrestien.
Estant dernièrement au port Saint-Iean, je fus adverty qu'entre les
autres Sauvages, il y en avoit cinq jà chrestiens. Ie prends de là
occasion de leur [25] donner des images, et planter une croix devant
leur cabane, chantant un _Salve Regina_. Ie leur fis faire le signe
de la croix; mais je me trouvois bien esbahy, car autant quasi y
entendoient les non-baptizés, que les chrestiens. Ie demandois à un
chacun son nom de baptesme; quelques-uns ne le sçavoient pas, et
ceux-là s'appeloient _Patriarches_; et la cause est parce que c'est le
Patriarche qui leur impose le nom; car ils concluënt ainsy, il faut
qu'ils s'appellent _Patriarches_, quand ils ont oublié leur vray nom.
Il y eut aussi pour rire, car lorsque je leur demandois s'ils estoient
chrestiens, ils ne m'entendoient pas; quand je leur demandois s'ils
estoient baptizés, ils me respondoient: _Hetaion enderquir Vortmandia
Patriarché_; c'est à-dire: "Oui, le Patriarche nous a fait semblables
aux Normans." Or, appellent-ils Normans tous les Françoys hormis les
Malouins, qu'ils appellent Samaricois, et les Basques qu'ils disent
Bascua.
Le _sagamo_, c'est-à-dire le seigneur du port Saint-Iean, est un
appelé Cacagous, fin et matois s'il n'y en a point en la coste; c'est
tout ce qu'il a rapporté de France (car il a esté en France), et me
disoit qu'il avoit esté baptizé à Bajonne, me racontant cela comme
qui raconteroit d'avoir esté par amitié conduit à un bal. Sur quoy,
voyant le mal, et [26] voulant esprouver si je luy esmouverois point
la conscience, je luy demandois combien il avoit de femmes. Il me
respondit qu'il en avoit huict; et de fait, il m'en compta sept, qu'il
avoit là presentes, me les désignant avec autant de gloire, tant s'en
faut qu'avec honte, comme si je luy eusse demandé combien il avoit de
fils legitimes.
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