The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
Ainsi contentoit-on aucunement cet importun crediteur; je dis
aucunement parce que, le pain leur [22] manquant, toute autre chose
leur estoit peu, et jà faisoit-on estat que, si le navire ne venoit
pour tout le mois de may, que l'on se mettroit par la coste en
recherche de quelques navires, pour repasser au doux pays de froment et
vignoble. C'estoyent les gens de Monsieur de Potrincourt qui parloient
ainsi; car pour luy, il avoit le courage, et si sçavoit bien les moyens
de faire attendre jusques à la saint Iean. Il n'en fut pas de besoing,
Dieu mercy, car comme dict est, nous arrivasmes le 22 de may. Or si,
à cette venue, l'allegresse de Monsieur de Potrincourt et de ceux de
l'habitation fut grande, ceux là le pourront conjecturer, qui sçavent
ce que c'est de la faim, du desespoir, de la crainte, de patir, d'estre
pere, et veoir ses entreprises et travaux à volleau.
Nous pleurasmes tous au rencontre, et nous estimions quasi songer;
puis, quand nous fusmes un peu revenus et entrez en propos, cette
question fut mise en avant, sçavoir: mon (de vrai) qui estoit le plus
ayse des deux, ou M. de Potrincourt et les siens, ou M. de Biancourt
et nous. De vray, nous avions bien tous le coeur bien eslargy, et
Dieu, par sa misericorde, donna signe d'y prendre plaisir; car, après
la messe et le disner, comme ce ne fusse qu'allée et venue du navire
à l'habitation et de l'habitation au [23] navire, chacun voulant
caresser, et estre caressé de ses amis, comme après l'hyver on se
resjouït du beau temps, et après le siége de la liberté, il arriva que
deux de l'habitation prindrent un canot des sauvages pour aller au
navire. Ces canots sont tellement faits que, si on ne s'y tient pas
bien juste et à plomb, aussitost on vire; arriva donc que, voulant
retourner dans le mesme canot du navire à l'habitation ne sçay comment
ne charrierent pas droict, et eux dans l'eau.
Le bonheur porta que pour lors je me promenois avec M. de Potrincourt
à la rive. Nous voyons l'accident, et, à nostre pouvoir faisions
signe avec nos chapeaux à ceux du navire, de courir au secours; car
de crier, rien n'eust proffité, tant le navire estoit esloigné, et le
vent faisoit du bruit. Personne n'y prenoit garde du commencement; de
maniere que nostre recours fut à l'oraison, et de nous mettre à genou,
n'y voyant autre remede; et Dieu eut pitié de nous. L'un des deux se
saisit du canot renversé, et se jette dessus; l'autre, à la parfin,
fut secouru d'une chaloupe, et tous deux ainsi retirez et sauvez nous
comblerent de liesse, voyant comme la bonté divine, par sa toute
parternelle douceur, n'avoit point voulu permettre que le malin esprit
nous enviast et funestast un si bon jour. A elle soit gloire à tout
jamays. Ainsy soit-il.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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