The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
Après mon arrivée icy à Port-Royal, j'ay esté avec M. de Potrincourt
jusque aux Etechemins. Là, Dieu voulut que je rencontrasse le jeune du
Pont de Sainct Malo, lequel ne sçays comment effarouché,[IX.] avoit
passé toute l'année avec les Sauvages, vivant de mesme qu'eux. C'est un
jeune homme d'une grande force d'esprit et de corps, n'y ayant sauvage
qui courre, agisse ou patisse ou parle mieux que luy. Il estoit en
grandes apprehensions de M. de [30] Potrincourt; mais Dieu me donna
tant de croyance envers luy, que sur ma parole il vint avec moy dans
nostre navire, et, après quelques submissions et debvoir rendu par
luy, la paix fut faite au grand contentement de tous. Au départir,
comme les canonades bruyèrent, il me pria de luy assigner heure pour
sa confession. Au lendemain matin, luy mesme prevint l'heure, tant il
estoit en ferveur, et se confessa en l'orée de la mer, en la présence
de tous les Sauvages, qui s'émerveilloient d'ainsy le voir à genoux
devant moy si long temps. Depuis, il communia avec grand exemple, et
puis dire que les larmes m'en vinrent aux yeux, et ne fus pas seul. Le
diable fut confus de cet acte: aussy pensa-il subitement tout troubler
l'aprés disnée suivante; mais Dieu mercy, par l'équité et bonté de M.
de Potrincourt, le tout a esté remis en son entier.
Voilà, mon Révérend Pere, le discours de nostre voyage et des choses
survenues tant en yceluy que devant celuy, et depuis nostre arrivée à
cette habitation. Reste maintenant à vous dire que la conversion de ce
pays à l'Evangile, et de ce peuple à la civilité, n'est pas petite, ni
sans beaucoup de difficultez; car en premier lieu, si nous considerons
le pays, ce n'est qu'une forest, sans autre commodité pour la vie
que celles qu'on apportera de France, et avec le temps on pourroit
retirer du terroir, après qu'on [31] l'aura cultivé. La nation est
sauvage, vagabonde, mal habituée, rare et d'assez peu de gens. Elle
est, dis-je, sauvage, courant les bois, sans lettres, sans police, sans
bonnes moeurs; elle est vagabonde, sans aucun arrest, ni des maisons
ni de parenté, ni des possessions ni de patrie; elle est mal habituée,
gens extremement paresseux, gourmans, irreligieux, traitres, cruels
en vengeance, et adonnés à toute luxure, hommes et femmes, les hommes
ayant plusieurs femmes et les abandonnant à autruy, et les femmes ne
leur servant que d'esclaves qu'ils battent et assomment de coups, sans
qu'elles osent se plaindre; et après avoir esté demy meurtries, s'il
plaist au meurtrier, il faut qu'elles rient et luy fassent caresses.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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