The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 5: Quebec, 1632-1633
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 5: Quebec, 1632-1633
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
Nous eumes au commencement [5] vn tres-beau temps, & en dix iours
nous fimes enuiron six cens lieuës, mais à peine en peumes nous faire
deux cens les trente trois iours suiuans. Ces bons iours passez nous
n'eumes quasi que tempestes, ou vent contraire, hormis quelques bonnes
heures qui nous venoient de temps en temps. I'auois quelquefois veu
la mer en cholere des fenestres de nostre petite maison de Dieppe:
mais c'est bien autre chose de sentir dessous soy la furie de l'Ocean,
que de la contempler du riuage; nous estions des trois & quatre iours
à la cappe, comme parlent les mariniers, nostre gouuernail attaché,
on laissoit aller le vaisseau au gré des vagues & des ondes, qui le
portoient par fois sur des montagnes d'eau, puis tout à coup dans des
abysmes; vous eussiez dit que les vents estoient déchainez contre
nous; à tous coups [6] nous craignions qu'ils ne brisassent nos mats,
ou que le vaisseau ne s'ouurit: & De fait il se fit vne voye d'eau
laquelle nous auroit coulé à fond, si elle fût arriuée plus bas, ainsi
que i'entendois dire. C'est autre chose de mediter de la mort dans sa
cellule deuant l'image du Crucifix, autre chose d'y penser dans vne
tempeste, & deuant la mort mesme. Ie vous diray neantmoins ingenuëment,
qu'encor que la nature desire sa conseruation, que neantmoins au fond
de l'ame ie sentois autant ou plus d'inclination à la mort qu'à la vie;
ie me mettois deuant les yeux que celuy qui m'auoit conduit dessus la
mer, auoit de tres-bons desseins; & qu'il le falloit laisser faire;
ie n'osois luy rien demander pour moy, sinon de luy presenter ma vie
pour tout l'equipage. Quand ie me figurois que peut-estre dans peu
d'heures, ie me verrois au milieu des [7] vagues, & par aduanture dans
l'épaisseur d'vne nuict tres-obscure, i'auois quelque consolation en
cette pensée, m'imaginant que là où il y auroit moins de la creature,
qu'il y auroit plus du Createur, & que ce seroit là proprement mourir
de sa main: mais ma foiblesse me fait craindre, que peut-estre si cela
fust arriué i'eusse bien changé de pensée & d'affection.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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