The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 7: Quebec, Hurons, Cape Breton, 1634-1635
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 7: Quebec, Hurons, Cape Breton, 1634-1635
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
Mõ hoste ayãt inuité au festin tous les Sauuages nos voisins, comme
ils estoiẽt desia venus, & assis à l'entour du feu & de la chaudiere,
attendans l'ouuerture du banquet, voila que le Sorcier qui estoit
couché vis à vis de moy se leue tout à coup, n'ayant point encor parlé
depuis la venuë des conuiez, il paroist tout furieux, se iettant sur
vne des perches de la cabane pour l'arracher, il la rompt en deux
pieces, il roule les yeux en la teste, regardant çà & là comme vn
homme hors de soy, puis enuisageant les [250] assistans, il leur dit
_Iriniticou nama Nitirinisin_, ô hommes i'ay perdu l'esprit, ie ne
sçay où ie suis, esloignez de moy les haches & les espées, car ie suis
hors du sens. A ces paroles tous les Sauuages baissent les yeux en
terre, & ie les leue au ciel, d'où i'attendois secours, me figurant que
cét homme faisoit l'enragé pour se vanger de moy, en m'ostant la vie,
ou du moins pour m'épouuenter, afin de me reprocher par apres que mon
Dieu me manquoit au besoin, & de publier parmy les siens, qu'ayant si
souuent témoigné que ie ne craignois pas leur _Manitou_, qui les fait
trembler, ie pallissois deuant vn homme. Tant s'en faut que la peur qui
dans les dangers d'vne mort naturelle me faisoit quelquefois rentrer
dans moy-mesme, me saisit pour lors, qu'au contraire i'enuisageois ce
forcené auec autant d'asseurance que si i'eusse eu vne armée à mes
costez, me representant que le Dieu que i'adorois pouuoit lier les
bras aux fols & aux enragez aussi bien qu'aux demons: qu'au reste si
sa Majesté me vouloit ouurir les portes de la mort, par les mains d'vn
homme qui faisoit l'endiablé, que [251] sa Prouidence estoit tousiours
aymable. Ce Thrason redoublant ces fougues fit mille actions de fol,
d'ensorcelé, de demoniaque, tantost il crioit à pleine teste, puis il
demeuroit tout court comme épouuanté: il faisoit mine de pleurer, puis
il s'éclattoit de rire comme vn diable follet; il chantoit sans regles
ny sans mesures, il sifloit comme vn serpent, il hurloit comme vn loup,
ou comme vn chien, il faisoit du hibou & du chathuan, tournant les yeux
tout effarez dedans sa teste, prenant mille postures, faisant tousiours
semblant de chercher quelque chose pour la lancer, i'attendois à tous
coups qu'il arrachast quelque perche pour m'en assommer, ou qu'il se
iettast sur moy, ie ne laissay pas neantmoins pour luy monstrer que ie
ne m'estonnois pas de ses diableries, de faire toutes mes actions à
l'ordinaire de lire, d'écrire, de faire mes petites prieres, & l'heure
de mon sommeil estant venuë ie me couchay & reposay aussi paisiblement
dans son sabbat comme i'eusse fait dans vn profond silence, i'estois
déja aussi accoustumé de m'endormir à ses cris, & à ses bruits de [252]
tambour, qu'vn enfant aux chansons de sa nourisse.
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