à vie, il était presqu'impossible que cette formidable aristocratie ne
rompît tôt ou tard l'équilibre que l'on s'imaginait pouvoir subsister à
Genève. Je compris que le droit d'élire la moitié des membres de l'un de
ces conseils sans avoir celui de les déplacer et le droit de déplacer
annuellement la 6me partie des membres de l'autre n'étaient que de
faibles barrières contre des hommes qui avaient la fortune et la vie des
citoyens entre les mains, le soin de la police de la manière la plus
étendue, deux négatifs sur toutes les volontés du peuple, et dont les
charges étaient à vie, pour ne pas dire héréditaires. Quelle différence
entre un tel gouvernement et celui d'un pays où les différents conseils
à qui sont confiés les pouvoirs législatifs et exécutifs ne sont élus
que pour une année, où les juges, qui ne font qu'expliquer la loi, une
fois élus ne sont plus sous l'influence du souverain et ne peuvent être
déplacés que juridiquement, où enfin l'on est jugé non pas même par ces
juges de nom, mais par 12 citoyens pris parmi les honnêtes gens et que
les parties peuvent récuser. (Tu ne seras pas étonné, mon ami, après une
telle comparaison, que je me sois décidé à me fixer ici.) En voyant les
défauts du gouvernement genevois, je sentis qu'il était de l'intérêt des
partisans de la liberté de veiller de près les aristocrates, mais non
pas de vouloir les combattre. Le parti violent qu'ont embrassé les
représentans ne peut être justifié qu'en disant que les circonstances
les ont entraînés, car il était impossible de n'en pas prévoir les
conséquences et que la politique artificieuse des négatifs en tireroit
tout le parti possible; je n'ai rien à ajouter à ce que tu dis sur la
bassesse de ces derniers, et la faute des citoyens produite par
l'enthousiasme de liberté n'est que trop sévèrement punie.
La lettre que je viens de recevoir est la première qui nous soit
parvenue de celles que tu nous annonces nous avoir écrites. J'ai quitté
Cambridge en juillet de cette année et je suis venu ici où je n'ai
encore rien trouvé à faire qui me convienne. Serre n'est pas ici; je
l'ai laissé à Boston d'où il est parti pour aller à ... et d'où il ne
reviendra que l'année prochaine. Ce n'est pas pour toi que je cache le
lieu actuel de sa résidence, mais il a des raisons pour que d'autres
l'ignorent et j'ai peur que cette lettre n'éprouve des accidents. J'irai
en Virginie bientôt, mais écris-moi à Philadelphie: To Albert Gallatin,
citizen of Geneva, Philadelphia. Ce n'est que de peur d'équivoque que je
conserve le titre de _citizen of Geneva_. Ecris à Serre sous mon
adresse. Tu ne saurais croire le plaisir que j'ai éprouvé en apprenant
que tu étais agréablement et avantageusement placé, mais tu ne m'a pas
donné assez de détails sur ce qui te concerne; répare ta faute par ta
première lettre.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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