Mon cher Badollet.... Tu sens sûrement comme moi que le séjour du comté
de Fayette ne peut pas m'être bien agréable, et tu sais que je
désirerais m'éloigner même de l'Amérique. J'ai fait mes efforts pour
réaliser ce projet, mais j'y trouve tous les jours de nouvelles
difficultés. Il m'est absolument impossible de vendre mes terres de
Virginie à quel prix que ce soit, et je ne sais comment je trouverais à
vivre à Genève. Sans parler de mon âge et de mes habitudes et de ma
paresse, qui seraient autant d'obstacles aux occupations quelconques que
je serais obligé d'embrasser en Europe, il s'en rencontre un autre dans
les circonstances actuelles de notre patrie. Les révolutions dans la
politique et surtout les finances de la France out opéré si fortement
sur Genève que les marchands y sont sans crédit et sans affaires, les
artisans sans ouvrage et dans la misère, et tout le monde dans
l'embarras. Non-seulement les gazettes en ont fait mention, mais j'en ai
reçu quelques détails dans une lettre de M. Trembley, qui
quoiqu'antérieure aux derniers avis reçus par plusieurs Suisses ici, et
écrite dans un tems où les calamités publiques n'étaient pas au point où
elles sont à présent, m'apprenait que les difficultés et les dangers
étaient tels qu'il avait déposé le peu d'argent qu'il avait à moi dans
la caisse de l'hôpital. Tous les étrangers établis ici s'accordent à
dire que les ressources pour se tirer d'affaires en Europe sont
presqu'anéanties, au moins pour ceux qui n'en ont d'autre que leur
industrie, et ces faits sont confirmés par nombre d'émigrants de toutes
les nations et de tous les états. Dans ces circonstances la petite rente
que j'ai en France étant très-précaire tant à cause de la tournure
incertaine que prendront les affaires que parcequ'elle est sur d'autres
têtes et sur des têtes plus âgées que la mienne, il est bien clair que
je n'aurais d'autres ressources que celles que je pourrais tirer des
_dons_ de ma famille, vu que leurs efforts seraient probablement
inutiles quant à me procurer quelqu'occupation à laquelle je fusse
propre. Cette circonstance de recevoir serait non-seulement
désagréable, mais l'espérance en serait fort incertaine; mon oncle
Rolas, le cadet, le seul qui n'ait pas d'enfans, passe pour être
généreux, mais il dépense beaucoup, plus, je crois, que ses revenus; sa
fortune qui est en partie en France et en Hollande recevra probablement
quelqu'échec dans ce moment de crise, et la seule occupation que je
pourrais suivre en Europe serait celle de courtiser un héritage que je
ne serais ni fâché ni honteux de recevoir s'il ne me coûtait aucunes
bassesses, pour lequel je me serais cru peut-être obligé de faire
quelques démarches si une épouse chérie avait vécu, mais qui dans mes
circonstances actuelles ne saurait m'engager seul à retourner à Genève
pour y vivre dans une totale indépendance. Ce que je dois à ma digne
mère est la seule raison qui en pourrait contrebalancer d'aussi fortes;
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account