The Life of Tolstoy: First Fifty Years: Fifth EditionMaude, Aylmer
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The Life of Tolstoy: First Fifty Years: Fifth Edition
Maude, Aylmer
Tolstoy, Leo, graf, 1828-1910
[16]Je vais vous parler donc de mes souvenirs de Silistrie. J'y ai
vu tant de choses intéressantes, poétiques et touchantes que le
temps que j'y ai passé ne s'effacera jamais de ma mémoire. Notre
camp était disposé de l'autre côté du Danube c.à d. sur la rive
droite sur un terrain très élevé au milieu de superbes jardins,
appartenant à Mustafa Pasha--le gouverneur de Silistrie. La vue
de cet endroit est non seulement magnifique, mais pour nous tous
du plus grand intérêt. Sans parler du Danube, de ces îles et de
ces rivages, les uns occupés par nous, les autres par les Turcs,
on voyait la ville, la forteresse, les petits forts de Silistrie
comme sur la main. On entendait les coups de canons, de fusils
qui ne cessaient ni jour ni nuit, et avec une lunette d'approche
on pouvait distinguer les soldats turcs. Il est vrai que c'est
un drôle de plaisir que de voir de gens s'entretuer et cependant
tous les soirs et matins je me mettais sur ma cart et je restais
des heures entières à regarder et ce n'était pas moi le seul qui
le faisait. Le spectacle était vraiment beau, surtout la nuit.
Les nuits ordinairement mes soldats se mettent aux travaux des
tranchées, et les Turcs se jettent sur eux pour les en empêcher,
alors il fallait voir et entendre cette fusillade. La première nuit
que j'ai passée au camp ce bruit terrible m'a reveillé et effrayé,
je croyais qu'on est allé a l'assaut et j'ai bien vite fait seller
mon cheval, mais ceux qui avait déjà passé quelque temps au camp
me dirent que je n'avais qu'à me tenir tranquille, que cette
canonnade et fusillade était une chose ordinaire et qu'on appela en
plaisantant, 'Allah'; alors je me suis recouché, mais ne pouvant
m'endormir je me suis amusé, une montre à la main, à compter les
coups de canon que j'entendais et j'ai compté 110 explosions dans
l'espace d'une minute. Et cependant tout ceci n'a eu de près
l'air aussi effrayant que cela le paraît. La nuit, quand on n'y
voyait rien, c'était à qui brûlerait le plus de poudre et avec ces
milliers de coups de canons on tuait tout au plus une trentaine
d'hommes de part et d'autre.
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