The Life of Tolstoy: First Fifty Years: Fifth EditionMaude, Aylmer
General
The Life of Tolstoy: First Fifty Years: Fifth Edition
Maude, Aylmer
Tolstoy, Leo, graf, 1828-1910
Nous étions tous là et comme toujours à la veille d'une bataille
nous faisions tous semblant de ne pas plus penser de la journée
de demain qu'à une journée ordinaire et tous, j'en suis sûr,
au fond du coeur ressentaient un petit serrement de coeur et
pas même un petit mais un grand, à l'idée de l'assaut. Comme tu
sais que le temps qui précède une affaire est le temps le plus
désagréable--c'est le seul où on a le temps d'avoir peur, et la
peur est un sentiment des plus désagréables. Vers le matin, plus
le moment approchait, plus le sentiment diminuait et vers 3 heures
quand nous attendions tous à voir partir le bouquet de fusées qui
était le signal de l'attaque--j'étais si bien disposé que si l'on
était venu me dire que l'assaut n'aurait pas lieu, cela m'aurait
fait beaucoup de peine. Et voilà que juste une heure avant le
moment de l'assaut arrive un aide de camp du maréchal avec l'ordre
d'ôter le siège de Silistrie. Je puis dire sans craindre de me
tromper que cette nouvelle a été reçue par tous--soldats, officiers
et généraux--comme un vrai malheur, d'autant plus qu'on savait par
les espions, qui nous venaient très souvent de Silistrie, et avec
lesquels j'avais très souvent l'occasion de causer moi-même, on
savait que ce fort pris,--chose dont personne ne doutait--Silistrie
ne pouvait tenir plus de 2 ou 3 jours. N'est-ce pas que si cette
nouvelle devait faire de la peine à quelqu'un ce devait être au
prince, qui pendant toute cette campagne ayant fait toute chose
pour le mieux, au beau milieu de l'action vit venir le maréchal
sur son dos pour gâter les affaires et puis ayant la seule chance
de réparer nos revers par cet assaut, il reçoit le contre ordre
du maréchal au moment de le commencer. Eh bien, le prince n'a pas
eu un moment de mauvaise humeur, lui, qui est si impressionable,
au contraire il a été content de pouvoir éviter cette boucherie,
dont il devait porter la responsabilité et tout le temps de la
retraite qu'il a dirigé lui-même, ne voulant passer qu'avec
le dernier des soldats, qui s'est faite avec un ordre et une
exactitude remarquables, il a été plus gai qu'il n'a jamais été. Ce
qui contribuait beaucoup à sa bonne humeur, c'était l'émigration
de près de 7000 familles bulgares, que nous prenons avec pour le
souvenir de la férocité des Turcs--férocité a laquelle malgré mon
incredulité j'ai été obligé de croire. Dès que nous avons quitté
des différents villages bulgares que nous occupions, les Turcs y
sont revenus et excepté les femmes assez jeunes pour un harem, ils
ont fait main basse sur tout ce qu'il y avait. Il y a un village
dans lequel je suis allé du camp pour y prendre du lait et des
fruits qui a été exterminé de la sorte. Alors dès que le prince
avait fait savoir aux Bulgares que ceux qui voulaient pouvaient
avec l'armée passer le Danube et devenir sujets russes, tout le
pays se soulève et tous avec leurs femmes, enfants, chevaux,
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