The Little Review, June-July 1915 (Vol. 2, No. 4)Various
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The Little Review, June-July 1915 (Vol. 2, No. 4)
Various
Literature, Modern -- 20th century -- Periodicals
Il tousse une toux de condoléance.
Il s’essuie un oeil.
(Les enfants noyés tournent en silence
Autour d’un écueil.)
Il se mouche. Il dit—son mouchoir embaume:—
“Je viens de la part
De Sa Majesté l’Empereur Guillaume
Vous dire la part....”
Derrière Wilson, dont on aime à croire
Que tout le sang bout,
Lincoln, la Vertu,—Washington, la Gloire,
Se tiennent débout.
Le comte Bernstorff ne peut les connaître.
Il ne les voit pas.
S’il pouvait les voir, il aurait peut-être
Reculé d’un pas.
“... Vous dire la part....”—O mornes allures!
Touchant trémolo!
(Les pêcheurs, là-bas, voient des chevelures
Ouvertes sur l’eau.)
“... Vous dire la part que nous daignons prendre
A votre malheur.”
(Les flots verts ont-ils d’autres morts à rendre?
Demandez-le-leur!)
Bernstorff pleure et dit: “J’ai su ce naufrage
Et je suis venu.
Ils n’ont pas souffert. Ayez du courage.
Ils en ont bien eu.
“Je n’insiste pas. Je suis venu vite,
Et puis je m’en vais.
Mais vous sentez bien que, cette visite,
Je vous la devais.
“Nous plaignons le sort des enfants, des femmes,
Cela va de soi....
Ah si vous voyiez tous les télégrammes
Que Tirpitz reçoit!
“C’est un grand succès pour notre marine.
Je suis désolé.
Veuillez constater que sur ma marine
Ce pleur a coulé.
“Un pleur magnifique, en cristal de roche.
Voyez, c’est exact.
Je ne comprends pas que l’on nous reproche
De manquer de tact.
“Berlin se pavoise.—Hélas!—On décore
Le moindre faubourg.
Ah je le disais tout à l’heure encore
A Monsieur Dernburg.
“Si notre avenir—souffrez que je cache
Quelques pleurs amers—
N’est plus sur les mers, il faut que l’on sache
Qu’il est sous les mers.
“Ceux qui malgré nous voyagent sur l’onde
Sont les agresseurs.”
(Là-bas, l’eau rapporte une vierge blonde
Avec ses trois soeurs.)
“Les _Tipperary_ que chez vous on siffle
Nous ont agacés,
Et quand Roosevelt joue avec son rifle
Nous disons: Assez.
“Qu’allaient donc chercher en cette aventure
Vos Princes de l’Or?”
(Là-bas, pour avoir donné sa ceinture,
Vanderbilt est mort.)
“Il ne faudra pas que ça recommence.
Ils sont bien punis.
Veuillez exprimer ma douleur immense
Aux Etats-Unis.”
(Il se fait, là-bas, d’horribles trouvailles
Qu’on met sous un drap.)
Et Bernstorff reprend: “Pour les funérailles,
On me préviendra.
“Ce désastre a fait, en Bourse allemande,
Monteur les valeurs.
On me préviendra pour que je commande
Les plus belles fleurs.”
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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