The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
La veille de l'embarquement je pris à part messire André de Toulongeon, et
après lui avoir fait promettre qu'il ne s'opposeroit en rien à ce que
j'allois lui révéler, je lui fis part du projet que j'avois formé de
retourner par terre. Conséquemment à sa parole donnée, il ne tenta point de
m'en empêcher; mais il me représenta tout ce que j'allois courir de
dangers, et celui sur-tout de me voir contraint à renier la foi de
Jésus-Christ. Au reste j'avoue que ses représentations étoient fondées, et
que de tous les périls dont il me menacoit il n'en est point, excepté celui
de renier, que je n'aie éprouvés. II engagea également ses camarades à me
parler; mais ils eurent beau faire, je les laissai partir et demeurai.
Après leur départ je visitai une mosquée qui jadis avoit été une très-belle
église, bâtie, disoit-on, par sainte Barbe. On ajoute que quand les
Sarrasins s'en furent emparés, et que leurs crieurs voulurent y monter pour
annoncer la prière, selon leur usage, ils furent si battus que depuis ce
jour aucun d'eux n'a osé y retourner.
II y a aussi un autre bâtiment miraculeux qu'on a changé en église. C'étoit
auparavant une maison de Juifs. Un jour que ces gens-là avoient trouvé une
image de Notre Seigneur, ils se mirent à la lapider, comme leurs pères
jadis l'avoient lapidé lui-même; mais l'image ayant versé du sang, ils
furent tellement effrayés du miracle, qu'ils se sauvèrent, allèrent
s'accuser à l'évêque, et donnèrent même leur maison en réparation du crime.
On en a fait une église, qui aujourd'hui est desservie par des cordeliers.
Je logeai chez un marchand Vénitien nommé Paul Barberico; et comme je
n'avois nullement renoncé à mes deux pélerinages de Nazareth et du Thabor,
malgré les obstacles que j'y avois rencontrés et tout ce qu'on m'avoit dit
pour m'en détourner, je le consultai sur ce double voyage. Il me procura un
moucre qui se chargea de me conduire, et qui s'engagea même pardevant lui à
me mener sain et sauf jusqu'à Damas, et à lui en rapporter un certificat
signé par moi. Cet homme me fit habiller en Sarrasin; car les Francs, pour
leur sûreté, quand ils voyagent, ont obtenu du soudan de prendre en route
cet habillement.
Je partis donc de Barut avec mon moucre le lendemain du jour où la galère
avoit mis à la voile, et nous primes le chemin de Saïette, entre la mer et
les montagnes. Souvent ces montagnes s'avancent si près du rivage qu'on est
obligé de marcher sur la grève, et quelquefois elles en sont éloignées de
trois quarts de lieue.
Après une heure de marche je trouvai un petit bois de hauts sapins que les
gens du pays conservent bien précieusement. Il est même sévèrement défendu
d'en abattre aucun; mais j'ignore la raison de ce règlement.
Plus loin étoit une rivière assez profonde. Mon moucre me dit que c'étoit
celle qui vient de la vallée de Noë, mais qu'elle n'est pas bonne à boire.
Elle a un pont de pierre, près duquel se trouve un kan où nous passâmes la
nuit.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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