The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Les chrétiens ne sont vus à Damas qu'avec haine. Chaque soir on enferme les
marchands dans leurs maisons. Il y a des gens préposés pour cela, et le
lendemain ils viennent ouvrir les portes quand bon leur semble.
J'y trouvai plusieurs marchands Génois, Vénitiens, Catalans, Florentins et
Français. Ces derniers étoient venus y acheter différentes choses,
spécialement des épices, et ils comptoient aller à Barut s'embarquer sur la
galère de Narbonne qu'on y attendoit. Parmi eux il y avoit un nommé Jacques
Coeur, qui depuis a joué un grand rôle en France et a été argentier du roi.
Il nous dit que la galère étoit alors à Alexandrie, et que probablement
messire André viendroit avec ses trois camarades la prendre à Barut.
Hors de Damas et près des murs on me montra le lieu où saint Paul, dans une
vision, fut renversé de cheval et aveuglé. Il se fit aussitôt conduire à
Damas pour y recevoir le baptême, et l'endroit où on le baptisa est
aujourd'hui une mosquée.
Je vis aussi la pierre sur laquelle saint George monta à cheval quand il
alla combattre le dragon. Elle a deux pieds en carré. On prétend
qu'autrefois les Sarrasins avoient voulu l'enlever, et que jamais, quelques
moyens qu'ils aient employés, ils n'ont pu y réussir.
Après avoir vu Damas nous revinmes à Barut, messire Sanson et moi: nous y
trouvâmes messire André, Pierre de Vaudrey, Geoffroi de Thoisi et Jean de
la Roe, qui déja s'y étoient rendus, comme me l'avoit annoncé Jacques
Coeur. La galère y arriva d'Alexandrie trois ou quatre jours après; mais,
pendant ce court intervalle, nous fûmes témoins d'une fête que les Maures
célébrèrent à leur ancienne manière.
Elle commença le soir, au coucher du soleil. Des troupes nombreuses,
éparses ça et la, chantoient et poussoient de grands cris. Pendant ce temps
on tiroît le canon du château, et les gens de la ville lançoient en l'air,
bien haut et bien loin, une manière de feu plus gros que le plus gros
fallot que je visse oncques allumé. Ils me dirent qu'ils s'en servoient
quelquefois à la mer pour brûler les voiles d'un vaisseau ennemi. Il me
semble que, comme c'est chose bien aisée et de une petite despense, on
pourroit l'employer également, soit à consumer un camp ou un village
couvert en paille, soit dans un combat de cavalerie, à épouvanter les
chevaux.
Curieux d'en connoître la composition, j'envoyai vers celui qui le faisoit
le valet de mon hôte, et lui fis demander de me l'apprendre. Il me répondit
qu'il n'oseroit, et que ce seroit pour lui une affaire trop dangereuse, si
elle étoit sue; mais comme il n'est rien qu'un Maure ne fasse pour de
l'argent, je donnai à celui-ci un ducat, et, pour l'amour du ducat, il
m'apprit tout ce qu'il savoit, et me donna même des moules en bois et
autres ingrédiens que j'ai apportés en France.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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