The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Une femme qui étoit là vint à moi; elle remua les
drapeaux avec une cuillère d'argent, et voulut me faire, le signe de la
croix au front, aux tempes et sur la poitrine. Il me sembla que tout cela
étoit une pratique pour avoir argent; cependant je ne veux point dire
par-là que Notre-Dame n'ait plus de pouvoir encore que cette image.
Je revins à Damas, et, la ville du départ, je réglai mes affaires et
disposai ma conscience, comme si j'eusse dû mourir; mais tout-à-coup je me
vis dans l'embarras.
J'ai parlé du courier qu'avoit envoyé le Soudan pour faire arrêter les
marchands Génois et Catalans qui se trouvoient dans ses Etats. En venu de
cet ordre, on prit mon hôte, qui étoit Génois; ses effets furent saisis, et
l'on plaça chez lui un Maure pour les garder. Moi, je cherchai à lui sauver
tout ce que je pourrois, et afin que le Maure ne s'en aperçût pas, je
l'enivrai. Je fus arrêté à mon tour, et conduit devant un des cadis, gens
qu'ils regardent comme nous nos évêques, et qui sont chargés d'administrer
la justice.
Le cadi me renvoya vers un autre, qui me fit conduire en prison avec les
marchands. Il savoit bien pourtant que je ne l'étois pas; mais cette
affaire m'étoît suscitée par un trucheman qui vouloit me rançonner, comme
il l'avoit déjà tenté à mon premier voyage. Sans Autonine Mourrouzin,
consul de Venise, il m'eut fallu payer; mais je restai en prison, et
pendant ce temps la caravane partit.
Pour obtenir ma liberté, le consul et quelques autres personnes furent
obligés dé faire des démarches auprès du roi (gouverneur) de Damas,
alléguant qu'on m'avoit arrêté à tort et sans cause, et que le trucheman le
savoit bien. Le seigneur me fit venir devant lui avec un Génois nommé
Gentil Impérial, qui étoit un marchand de par le Soudan, pour aller acheter
des esclaves à Caffa. Il me demanda qui j'étois, et ce que je venois faire
à Damas; et, sur ma réponse que j'étois Français, venu en pélerinage à
Jérusalem, il dit qu'on avoit tort de me retenir, et que je pouvois partir
quand il me plairoit.
Je partis donc, le lendemain 6 Octobre, accompagné d'un moucre, que je
chargeai d'abord de transporter hors de la ville mes habillemens Turcs,
parce qu'il n'est point permis à un chrétien d'y paroître avec la toque
blanche.
A peu de distance est une montagne où l'on montre une maison qu'on dit
avoir été celle de Caïn; et, pendant la première journée, nous n'eumes que
des montagnes, quoique le chemin soit bon; mais à la seconde nons trouvames
un beau pays, et il continua d'etre agréable jusqu'à Balbec.
C'est là que mon moucre me quitta, et que je trouvai la caravane. Elle
étoit campée près d'une rivière, à cause de la chaleur qui régne dans le
pays; et cependant les nuits y sont très-froides (ce qu'on aura peine a
croire), et les rosées très-abondantes. J'allai trouver Hoyarbarach, qui me
confirma la permission qu'il m'avoit donnée de venir avec lui, et qui me
recommenda de ne point quitter la troupe.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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