The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Le lendemain matin, à onze heures, je fis boire mon cheval, et lui donnai
la paille et l'avoine, selon l'usage de nos contrées. Pour cette fois les
Turcs ne me dirent rien; mais le soir, à six heures, quand, après l'avoir
fait boire, je lui attachai sa besace pour qu'il mangeât, ils s'y
opposèrent et détachèrent le sac. Telle est leur coutume: leur chevaux ne
mangent qu'à huit, et jamais ils n'en laissent manger un avant les autres,
à moins que ce ne soit pour paitre l'herbe.
Le chef avoit avec lui un mamelus (mamelouck) du soudan, qui étoit Cerquais
(Circassien), et qui alloit dans la pays de Karman chercher un de ses
frères. Cet homme, quand il me vit, seul, et ne sachant point la langue du
pays, volut charitablement me servir de compagnon, et il me prit avec lui.
Cependant, comme il n'avoit point de tente, nous fûmes souvent obligés de
passer la nuit dans des jardins sous des arbres.
Ce fut alors qu'il me fallut apprendre à coucher sur la dure, à ne boire
que de l'eau, à m'asseoir à terre, les jambes croisées. Cette posture me
coûta d'abord beaucoup; mais ce à quoi j'eus plus de peine encore à
m'accoutumer, fut d'être à cheval avec des étriers courts. Dans le
commencemens je souffrois si fort, que, quand j'étois descendu, je ne
pouvois remonter sans aide, tant les jarrets me faisoient mal; mais lorsque
j'y fus accoutumé, cette manière me parut plus commode que la nôtre.
Dès le jour même je soupai avec mon mamelouck, et nous n'eumes que du pain,
du fromage et du lait. J'avois, pour manger, une nappe, à la mode des gens
riches du pays. Elles ont quatre pieds de diamètre, et sont rondes, avec
des coulisses tout autour; de sorte qu'on peut les fermer comme une bourse.
Veulent-ils manger, ils les étendent; ont-ils mangé, ils les resserrent, et
y renferment tout ce qui reste, sans vouloir rien perdre, ni une miette de
pain, ni un grain de raisin. Mais ce que j'ai remarqué, c'est qu'après leur
repas, soit qu'il fut bon, soit qu'il fut mauvais, jamais ils ne manquoient
de remercier Dieu tout haut.
Balbec est une bonne ville, bien fermée de murs, et assez marchande. Au
centre étoit un château, fait de très-grosses pierres. Maintenant il
renferme une mosquée dans laquelle est, dit-on, une tête humaine qui a des
yeux si énormes, qu'un homme passeroit aisément la sienne à travers leur
ouverture. Je ne puis assurer le fait, attendu que pour entrer dans la
mosquée il faut être Sarrasin.
De Balbec nous allâmes à Hamos, et campâmes sur une rivière. Ce fut là que
je vis comment ils campent et tendent leurs pavillons. Les tentes ne sont
ni très-hautes ni très-grandes; de sorte qu'il ne faut qu'un homme pour les
dresser, et que six à huit personnes peuvent s'y tenir à l'aise pendant les
chaleurs du jour. Dans le cours de la journée ils en ôtent le bas, afin de
donner passage à l'air. La nuit, ils le remettent pour avoir plus chaud. Un
seul chameau en porte sept ou huit avec leurs mâts. Il y en a de
très-belles.
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