The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Ce jour-là nous logeâmes de nouveau chez des Turcomans, où l'on nous
servit, encore du lait; et l'Arménien nous y accompagna. Ce fut là que je
vis faire par des femmes ces pains minces et plats dont j'ai parlé. Voici
comment elles s'y prennent. Elles ont une petite table ronde, bien unie, y
jettent un peu de farine qu'elles détrempent avec de l'eau et en font une
pâte plus molle que celle du pain. Cette pâte, elles la partagent en
plusieurs morceaux ronds, qu'elles aplatissent autant qu'il leur est
possible avec un rouleau en bois, d'un diamètre un peu moindre que celui
d'un oeuf, jusqu'à ce qu'ils soient amincis au point que j'ai dit. Pendant
ce temps elles ont une plaque de fer convexe, qui est posée sur un trépied
et échauffée en dessous par un feu doux. Elles y étendent la feuille de
pâte et la retournent tout aussitôt, de sorte qu'elles ont plus-tôt fait
deux de leurs pains qu'un oublieur chez nous n'a fait une oublie.
J'employai deux jours à traverser le pays qui est autour du golfe. Il est
fort beau, et avoit autrefois beaucoup de châteaux qui appartenoient aux
chrétiens, et qui maintenant sont détruits. Tel est celui qu'on voit en
avant d'Ayas, vers le levant.
Il n'y a dans la contrée que des Turcomans. Ce sont de beaux hommes,
excellens archers et vivant de peu. Leurs habitations sont rondes comme des
pavillons et couvertes de feutre. Ils demeurent toujours en plein champ, et
ont un chef auquel ils obéissent; mais ils changent souvent de place, et
alors ils emportent avec eux leurs maisons. Leur coutume dans ce cas est de
se soumettre au seigneur sur les terres duquel ils s'établissent, et même
de le servir de leurs armes s'il a guerre. Mais s'ils quittent ses domaines
et qu'ils passent sur ceux de son ennemi, ils serviront celui-ci à son tour
contre l'autre, et on ne leur en sait pas mauvais gré, parce que telle est
leur coutume et qu'ils sont errans.
Sur ma route je rencontrai un de leurs chefs qui voloit (chassoit au vol)
avec des faucons et prenoit des oies privées. On me dit qu'il pouvoit bien
avoir sous ses ordres dix mille Turcomans. Le pays est favorable pour la
chasse, et coupé par beaucoup de petites rivières qui descendent des
montagnes et se jettent dans le golfe. On y trouve sur-tout beaucoup de
sangliers.
Vers le milieu du golfe, sur le chemin de terre, est un défilé formé par
une roche sur laquelle on passe, et qui se trouve à deux portées d'arc de
la mer. Jadis ce passage étoit défendu par un château qui le rendoit
très-fort. Aujourd'hui il est abandonné.
Au sortir, de cette gorge on entre dans une belle et grande plaine, peuplée
de Turcomans. Mais l'Arménien mon compagnon me montra sur une montagne un
château où il n'y avoit, disoit-il, que des gens de sa nation, et dont les
murs sont arrosés par une rivière nommée Jéhon. Nous côtoyâmes la rivière
jusqu'à une ville qu'on nomme Misse-sur-Jehon, parce qu'elle la traverse.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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