The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Au sortir de Tharse je fis encore trois lieues Françaises à travers un beau
pays de plaines, peuplé de Turcomans; mais enfin j'entrai dans les
montagnes, montagnes les plus hautes que j'aie encore vues. Elles
enveloppent par trois côtés tout le pays que j'avois parcouru depuis
Antioche. L'autre partie est fermée au midi par la mer.
D'abord on a des bois à traverser. Ce chemin dure tout un jour, et il n'est
pas malaisé. Nous logeâmes le soir dans un passage étroit où il me parut
que jadis il y avoît eu un château. La seconde journée n'eut point de
mauvaise route encore, et nous vînmes passer la nuit dans un caravanserai.
La troisième, nous côtoyâmes constamment une petite rivière, et vîmes dans
les montagnes une multitude immense de perdrix griaches. Notre halte du
soir fut dans une plaine d'environ une lieue de longueur sur un quart de
large.
Là se rencontrent quatre grandes combes (vallées). L'une est celle par
laquelle nous étions venus; l'autre, qui perce au nord, tire vers le pays
du seigneur, qu'on appelle Turcgadirony, et vers la Perse; la troisième
s'étend au Levant, et j'ignore si elle conduit de même à la Perse; la
dernière enfin est au couchant, et c'est celle que j'ai prise, et qui m'a
conduit au pays du karman. Chacune des quatre a une rivière, et les quatre
rivières se rendent dans ce dernier pays.
Il neigea beaucoup pendant la nuit. Pour garantir mon cheval, je le couvris
avec mon capinat, cette robe de feutre qui me servoit de manteau. Mais moi
j'eus froid, et il me prit une maladie qui est malhonnête (le dévoiement):
j'eusse même été en danger, sans mon mamelouck, qui me secourut et qui me
fit sortir bien vite de ce lieu.
Nous partîmes donc de grand matin tous deux, et entrâmes dans les hautes
montagnes. Il y a là un château nommé Cublech, le plus élevé que je
connoisse. On le voit à une distance de deux journées. Quelquefois
cependant on lui tourne le dos, à cause des détours qu'occasionnent les
montagnes; quelquefois aussi on cesse de le voir, parce qu'il est caché par
des hauteurs: mais on ne peut pénétrer au pays du karman qu'en passant au
pied de celle où il est bâti. Le passage est étroit. Il a fallu même en
quelques parties l'ouvrir au ciseau; mais par-tout il est dominé par le
Cublech. Ce château, le dernier [Footnote: Ce mot dernier signifie
probablement ici le plus reculé, le plus éloigné à la frontière.] de ceux
qu'ont perdus les Arméniens, appartient aujourd'hui au karman, qui l'a eu
en partage à la mort de Ramedang.
Ces montagnes sont couvertes de neige en tout temps, et il n'y a qu'un
passage pour les chevaux, quoiqu'on y trouve de temps en temps de jolies
petites plaines. Elles sont dangereuses, par les Turcomans qui y sont
répandus; mais pendant les quatre jours de marche que j'y ai faite, je n'y
ai pas vu une seule habitation.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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