The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Au milieu d'une place on avoit planté, en guise de quintaine, un grand pieu
auquel étoit attachée une planche large de trois pieds, sur cinq de long.
Une quarantaine de cavaliers arrivèrent sur le lieu sans aucune pièce
quelconque d'armure, et sans autre arme qu'un petit bâton.
D'abord ils s'amusèrent à courir les uns après les autres, et cette
manoeuvre dura environ une demi-heure. On apporta ensuite soixante à
quatre-vingts perches d'aune, telles et plus longues encore que celles dont
nous nous servons pour les couvertures de nos toits en chaume. Le marié en
prit une le premier, et il courut ventre à terre vers la planche, pour l'y
briser. Elle plioit et branloit dans sa main; aussi la rompit-il sans
effort. Alors s'élevèrent des cris de joie, et les instrumens de musique,
qui étoient des nacaires, comme chez les Turcs, se firent entendre. Chacun
des autres cavaliers vint de même prendre sa perche et la rompre. Enfin le
marié en fit lier ensemble deux, qui à la vérité n'étoient pas trop fortes,
et il les brisa encore sans se blesser. [Footnote: La Brocquière devoit
trouver ces joutes ridicules, parce qu'il étoit accoutumé aux tournois de
France, où des chevaliers tout couverts de fer se battoient avec des épées,
des lances, des massues, et où très-fréquemment il y avoit des hommes tués,
blessés ou écrasés sous les pieds des chevaux. C'est ce qui lui fait dire
par deux fois que dans la joute des perches il n'y eut personne de blessé.]
Ainsi finit la fête, et chacun retourna chez soi sain et sauf. L'empereur
et son épouse étoient à une fenêtre pour la voir.
Je m'étois proposé de partir avec ce messire Bénédict de Fourlino, qui,
comme je l'ai dit, étoit envoyé en ambassade vers le Turc par le duc de
Milan. Il avoit avec lui un gentilhomme du duc, nommé Jean Visconti, sept
autres personnes, et dix chevaux de suite, parce que, quand on voyage en
Grèce, il faut porter sans exception tout ce dont on peut avoir besoin.
Je sortis de Constantinople le 23 Janvier 1433, et traversai d'abord
Rigory, passage jadis assez fort, et formé par une vallée dans laquelle
s'avance un bras de mer qui peut bien avoir vingt milles de longueur. Il y
avoit une tour que les Turcs ont abattue. Il y reste un pont, une chaussée
et un village de Grecs. Pour arriver à Constantinople par terre on n'a que
ce passage, et un autre un peu plus bas que celui-ci, plus fort encore, et
sur une rivière qui vient là se jeter dans la mer.
De Rigory j'allai à Thiras, habité pareillement par des Grecs, jadis bonne
ville, et passage aussi fort que le précédent, parce qu'il est formé de
même par la mer. A chaque bout du pont étoit une grosse tour. La tour et la
ville, tout a été détruit par les Turcs.
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