The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
History
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Je traversai le Danube à Belgrade. Il étoit en ce moment extraordinairement
gonflé, et pouvoit bien avoir douze milles de large. Jamais, de mémoire
d'homme, on ne lui avoit vu une crue pareille. Ne pouvant me rendre à Boude
(Bude) par le droit chemin, j'allai à une ville champêtre (un village)
nommée Pensey. De Pensey j'arrivai par la plaine la plus unie que je
connoisse, et après avoir traversé en bac une rivière à Beurquerel, ville
qui appartient au despote de Rassie, et où je passai deux autres rivières
sur un pont. De Beurquerel je vins à Verchet, qui est également au despote,
et là je passai la Tiste (la Teisse), rivière large et profonde. Enfin je
me rendis à Ségading (Ségédin) sur la Tiste.
Dans toute la longueur de cette route, à l'exception de deux petits bois
qui étoient enclos d'un ruisseau, je n'ai pas vu un seul arbre. Les
habitans n'y brûlent que de la paille ou des roseaux qu'ils ramassent le
long des rivières ou dans leurs nombreux marécages. Ils mangent, au lieu de
pain, des gâteaux tendres; mais ils n'en ont pas beaucoup à manger.
Ségédin est une grande ville champêtre, composée d'une seule rue qui m'a
paru avoir une lieue de longueur environ. Elle est dans un terroir fertile,
abondant en toutes sortes de denreés. On y prend beaucoup de grues et de
bistardes (outardes), et j'en vis un grand marché tout rempli; mais on les
y apprête fort malproprement, et on les mange de même. La Teisse fournit
aussi quantité de poissons, et nulle part je n'ai vu rivière en donner
d'aussi gros.
On y trouxe également une grande quantité de chevaux sauvages à vendre;
mais on sait les domter et les apprivoiser, et c'est une chose curieuse à
voir. On m'a même assuré que qui en voudroit trois ou quatre mille, les
trouveroit dans la ville. Ils sont à si bon marché que pour dix florins de
Hongrie on auroit un très-beau roussin (cheval de voyage).
L'empereur, m'a-t-on dit, avoit donné Ségédin à un évêque. J'y vis ce
prélat, et me sembla homme de grosse conscience. Les cordelîers ont dans la
ville une assez belle église. J'y entendis le service. Ils le font un peu à
la Hongroise.
De Ségédin je vins à Paele (Pest), assez bonne ville champêtre sur le
Danube, vis-à-vis Bude. D'une ville à l'autre le pays continue d'être, bon
et uni. On y trouve une quantité immense de haras de jumens, qui vivent
abandonnées à elles-mêmes en pleine campagne, comme les animaux sauvages;
et telle est la raison qui fait qu'on en voit tant au marché de Ségédin.
A Pest je traversai le Danube et entrai dans Bude sept jours après mon
départ de Belgrade.
Bude, la principale ville de Hongrie, est sur une hauteur beaucoup plus
longue que large. Au levant elle a le Danube, au couchant un vallon, et au
midi un palais qui commande la porte de la ville, palais qu'a commencé
l'empereur, et qui, quand on l'aura fini, sera grand et fort. De ce côté,
mais hors des murs, sont de très beaux bains chauds. Il y en a encore au
levant, le long du Danube, mais qui ne valent pas les autres.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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