The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part IIIHakluyt, Richard
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The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10: Asia, Part III
Hakluyt, Richard
Discoveries in geography -- English; Voyages and travels
Louis avoit été assez grossiérement dupé pour partager un peu ce sentiment,
ou pour en tirer au moins une leçon de prudence. Et néanmoins très-peu
d'années après il se laissa tromper encore: c'étoit en 1253; et il se
trouvoit alors en Asie.
Quoique au sortir de sa prison d'Egypte tout lui fit une loi de retourner
en France, où il avoit tant de plaies à fermer et tant de larmes à tarir,
une devotion mal éclairée l'avoit conduit en Palestine. Là, sans songer ni
à ses sujets ni à ses devoirs de roi, non seulement il venoit de perdre
deux années, presque uniquement occupé de pélerinages; mais malgré
l'épuisement des finances de son royaume, il avoit dépensé des sommes
très-considérables à relever et à fortifier quelques bicoques que les
chrétiens de ces contrées y possédoient encore.
Pendant ce temps, le bruit courut qu'un prince Tartare nommé Sartach avoit
embrassé le christianisme. Le baptême d'un prince infidèle étoit pour Louis
une de ces béatitudes au charme desquelles il ne savoit pas résister. Il
résolut d'envoyer une ambassade à Sartach pour le féliciter, comme il en
avoit envoyé une à Ercalthay. Sa première avoit été confiée à des
Frères-prêcheurs; il nomma, pour celle-ci, des Franciscains, et pour chef
frère Guillaume Rubruquis. Déja Innocent avoit de même donné successivement
une des deux siennes à l'un des deux autres. Suivre cet exemple étoit pour
Louis une grande jouissance. Il avoit pour l'un et pour l'autre une si
tendre affection, que tout son voeu, disoit-il, eut été de pouvoir se
partager en deux, afin de donner à chacun des deux une moitié de luimême.
Rubruquis, rendu près de Sartach, put s'y convaincre sans peine combien
étoient fabuleux les contes que de temps en temps les chrétiens orientaux
faisoient courir sur ces prétendues conversions de princes Tartares. Pour
ne pas perdre tout-à-fait le fruit de son voyage il sollicita près de ce
chef la permission de prêcher l'évangile dans ses états. Sartach répondit
qu'il n'osoit prendre sur lui une chose aussi extraordinaire; et il envoya
le convertisseur à son père Baathu, qui le renvoya au grand Kan.
Pour se présenter devant celui-ci, Rubruquis et ses deux camarades se
revêtirent chacun d'une chape d'église. L'un d'eux portoit une croix et un
missel, l'autre un encensoir, lui une bible et un psautier et il s'avance
ainsi entre eux deux en chantant des cantiques. Ce spectacle, que d'après
sès préjugés monastiques, il croyoit imposant, et qui n'étoit que
burlesque, ne produisit rien, pas même la risée du Tartare; et peu content
sans doute d'un voyage très-inutile il revint en rendre compte au roi.
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