chacun sera retrait, je feray ung sault jusques en la chambre de
parement, et deffermeray l'huys, et le lairray ouvert. Et quand vous
penserez que la royne sera couchée, vous viendrez tout secrètement, et
entrerez en la dicte chambre et fermerez l'huys; vous y trouverez la
levrière, qui vous cognoist assez, si se lairra bien approucher de vous;
vous la prendrez par les oreilles et la ferez bien hault crier; et quand
la royne l'orra, elle la cognoistra tantost; si ne me doubte point
qu'elle ne me face lever incontinent pour la mettre dedans. Et en ce
point viendray-je vers vous; si n'y faillez point si jamais vous voulez
parler à moy.--Ha! ma trèschère et loyale amye, dit monseigneur, je vous
mercye tant que je puis, pensez que je n'y fauldray pas.» Et à tant se
part et s'en va, et sa dame aussi, chacun pensant et désirant d'achever
ce qui est proposé. Qu'en vauldroit le long compte? La levrière se cuida
rendre, quand il fut heure, en la chambre de sa maistresse, comme elle
avoit accoustumé, mais celle qui l'avoit condemnée dehors la fist
retraire, en la chambre au plus près. Et la royne se coucha sans ce
qu'elle s'en donnast garde; et assez tost après luy vint faire
compaignie la bonne damoyselle, qui n'attendoit que l'heure d'oyr crier
la levrière et la semonce de bataille. Ne demoura guères que le gentil
seigneur se mist sur les rengs, et tant fist qu'il se trouva en la
chambre où la levrière se dormoit. Il la quist tant au pié et à la main
qu'il la trouva, et puis la print par les oreilles, et la fist hault
crier deux ou trois foiz. Et la royne, qui l'oyt, congneut tantost que
c'estoit sa levrière, et pensa qu'elle vouloit estre dedans; si appela
sa damoiselle et dist: «M'amye, veezla ma levrière qui se plaint là
hors; levez vous, si la mettez dedans.--Voluntiers, madame», ce dist la
damoiselle, et jasoit qu'elle attendist la bataille dont elle mesme
avoit l'heure et le jour assigné, si ne s'arma elle que de sa chemise;
et en ce point s'en vint à l'huys et l'ouvrit, où tantost luy vint à
l'encontre celuy qui l'attendoit. Il fut tant joyeux et tant surprins,
quant il vit sa dame si belle et en si bon point, qu'il perdit force,
sens et advis; et ne fut oncques en sa puissance de tirer sa dague pour
esprouver et savoir s'elle pourroit prendre sur ses cuirasses. Trop bien
de baiser, d'accoler, de manier le tetin, et le surplus, faisoit-il
assez diligence, mais du parfait, nichil! Si fut force à la gente
damoiselle qu'elle retournast sans luy laisser ce que avoir ne povoit se
par force d'armes ne le conquéroit. Et ainsi qu'elle se vouloit partir,
il la cuidoit retenir par force et par belles parolles, mais elle
n'osoit demourer, si luy ferma l'huys au visage et s'en revint par
devers la royne, qui luy demanda s'elle avoit mise sa levrière dedans.
Et elle dit que non, car oncques ne l'avoit sceu trouver, et si avoit
beaucop regardé. «Or bien, dit la roine, toujours l'ara-on; couchez