disoient: Il les faut tuer; les aultres: Il les fault pendre; les
aultres: noyer. Les aultres disoient qu'ilz ne pourroient croire que ce
fust verité, et qu'ilz sont trop devotz et de saincte vie. Ainsi dirent
longuement les unz d'un et les aultres d'aultre. «Je vous diray, dist le
seigneur: nous manderons icy noz femmes, et ung tel maistre Jehan, etc.,
lequel fera une petite collacion, laquelle enfin cherra à parler des
dismes, et leur demandera au nom de nous tous s'elles s'en acquictent,
car nous voulons qu'elles soient paiées; nous orrons leur response.» Et
après advis sur cela, ilz s'accordèrent tous au conseil et à l'oppinion
de monseigneur. Si furent toutes les femmes mariées de la ville
mandées; si vindrent en la sale où tous leurs mariz estoient.
Monseigneur mesme fist venir madame, qui fut toute esbahie de voir
l'assemblée de ce peuple. Ung sergent de par monseigneur commenda faire
silence. Et maistre Jehan se mist ung peu au dessus des aultres, et
commença sa petite collacion comme il s'ensuyt: «Mesdames et
mesdamoiselles, j'ay la charge de par monseigneur qui cy est et ceulx de
son conseil vous dire en bref la cause pourquoy vous estes icy mandées.
Il est vray que monseigneur, son conseil et son peuple qui cy est, ont
tenu à ceste heure ung petit chapitre du fait de leurs consciences; la
cause si est qu'ilz ont volunté, Dieu devant, dedans bref temps de faire
une belle procession et devote à la loange de Nostre Seigneur Jhesu
Crist et de sa glorieuse mère, et à icelluy jour se mettre trestous en
bon estat, affin qu'ilz soient mieulx exaulsiez en leurs plus devotes
prières et que les oeuvres qu'ils feront soient à celuy jour à Dieu plus
agréables. Vous savez assez que, la mercy Dieu, nous n'avons eu nulles
guerres de nostre temps, et noz voisins en ont esté terriblement
persecutez, et de pestilence et de famine. Quand les aultres en ont esté
examinez, nous avons peu dire et encores disons que Dieu nous en a
preservez. C'est bien raison que nous cognoissons que ce vient non pas
de noz propres vertuz, mais de la seulle large et liberale grace de
nostre benoist redempteur, qui huche, appelle, et invite au son des
devotes prières qui se font en nostre eglise parochiale, et où nous
adjoustons très grand foy et tenons ferme devocion. Le devot couvent des
cordeliers de ceste ville nous a beaucop valu et vault à la conservacion
des biens dessus dictz. Au surplus nous voulons savoir de vous si vous
acquictez à faire ce à quoy vous estez tenues; et combien que nous
tenons assez estre en vostre memoire l'obligacion qu'avez à l'église, il
ne vous desplaira pas pour plus grand seureté si je vous en touche
aucuns des plus gros poincts. Quatre foiz l'an, c'est assavoir à quatre
nataulx, vous devez confesser du mains à quelque ung prestre ou
religieux ayant sa puissance; et si à chaqu'une foiz receviez vostre
créateur, ce seroit trèsbien fait; deux foiz ou une foiz l'an du mains
le devez-vous faire. Allez à l'offrande tous les dimanches, et à chacune