l'escuier son compaignon. Si vint à luy et luy dist, en luy donnant ung
petit coup sur le chapeau: «Entendez à vostre besoigne, de par le
dyable, et ne vous soussyez des aultres.» L'aultre se retira et commença
de rire; et la damoiselle, qui n'estoit pas femme à effrayer de legier,
ne s'en mua oncques; trop bien tout doulcement laissa sa prinse, sans
rougir ne changer coleur. Regret eut elle assez en soy mesmes
d'abandonner de la main ce que aultre part luy eust bien servy. Et fait
assez à croire que par avant et depuis n'avoit celuy des deulx qui ne
luy fist très voluntiers service; si eust bien fait, qui eust voulu, le
dolent amoureux malade qui fut contraint d'estre notaire du plus grand
desplaisir qu'au monde advenir luy pourroit, et dont la seule pensée en
son pouvre cueur renurée estoit assez, et trop puissante de le mettre en
desespoir, si raison ne l'eust à ce besoing secouru, qui luy fist tout
abandonner, et aultre part sa queste en amours commencer, la quelle il
puisse aultrement achever, car de ceste cy on ne pourroit ung seul bon
mot à son avantage compter.
LA XXXVIIe NOUVELLE.
PAR MONSEIGNEUR DE LA ROCHE.
Tantdiz que les aultres penseront et à leur memoire ramainront aucuns
cas advenuz et perpetrez, habilles et suffisans d'estre adjoustez à
l'ystoire presente, je vous compteray, en brefz termes, en quelle façon
fut deceu le plus jaloux de cest royaume pour son temps. Je croy assez
qu'il n'a pas esté seul entaché de ce mal; mais toutesfoiz, car il le
fut oultre l'enseigne, je ne le saroie passer sans vous faire savoir le
gracieux tour qu'on luy fist. Ce bon jaloux dont je vous compte estoit
très grand historien et avoit beaucoup veu, leu et releu de diverses
histoires; mais la fin principale à quoy tendoit son exercice et tout
son estude, estoit de savoir et cognoistre les façons et manières et
quoy et comment femmes pevent decepvoir leurs mariz. Et car, la Dieu
mercy, les histoires anciennes, comme Matheolet, Juvenal, les Quinze
Joyes de mariage, et aultres pluseurs dont je ne scay le compte, font
mencion de diverses tromperies, cauteles, abusions et deceptions en cest
estat advenues. Nostre jaloux les avoit tousjours entre ses mains, et
n'en estoit pas mains assotté qu'un follastre de sa massue; toutesfoiz
lysoit, tousjours estudioit, et d'iceulx livres fist ung petit extrait
pour luy, ou quel estoient emprinses, descriptes et notées pluseurs
manières de tromperies, au pourchaz et emprinses de femmes, et ès
personnes de leurs mariz executées. Et ce fist-il tendant à fin d'estre
mieulx premuny et sur sa garde si sa femme à l'adventure vouloit user de
telles querelles en son livre croniquées et registrées. Qu'il ne gardast
sa femme d'aussi près comme ung jaloux Ytalien, si faisoit, et si
n'estoit pas encores bien asseuré, tant estoit fort feru du maudit mal
de jalousie. En cest estat et aise delectable fut ce bon homme trois ou
quatre ans avecques sa femme, laquelle pour tout passetemps n'avoit