Combien que nulle des histoires précédentes n'aye touché ou racompté
aucun cas advenu es marches d'Ytalie, mais seullement face mencion des
advenues en France, Alemaigne, Angleterre, Flandres et Brabant, si
s'estendra elle toutesfoiz, à cause de la fresche advenue, à ung cas à
Romme naguères advenu et connus, qui fut tel: A Romme avoit ung
Escossois de l'eage d'environ vingt à XXII ans, lequel par l'espace de
XIIIJ ans se maintint et conduisit en l'estat et habillement de femme,
sans ce que dedans le dit terme il fust venu à la coignoissance
publicque qu'il fust homme; et se faisoit appeler donne Margarite, et
n'y avoit guères bon hostel en la ville de Romme à rate de temps où il
n'eust son tour et cognoissance, et specialement estoit il bien venu des
femmes, comme entre les chambrières, meschines de bas estat, et aussi
des aucunes des plus grandes de Romme. Et affin de vous descouvrir
l'industrie de ce bon Escossois, il trouva fasson d'apprendre à blanchir
les draps linges, et s'appelloit la lavendière; et soubz ceste umbre,
hantoit, comme dessus est dit, par toutes bonnes maisons de Romme, car
il n'y avoit femme qui sceust l'art de blanchir draps comme il faisoit.
Mais vous devez savoir qu'encores savoit il bien plus; car puis qu'il se
trouvoit en quelque part à descouvert avecques quelque belle fille, il
luy monstroit qu'il estoit homme. Il demouroit bien souvent au couscher,
à cause de faire la buée, ung jour, deux jours, ès maisons dessus
dictes; et le faisoit on coucher avecques la chambrière et aucunes foiz
avecques la fille; et bien souvent et le plus, la maistresse, si son
mary n'y estoit, vouloit bien avoir sa compaignie. Et Dieu scet s'il
avoit bien le temps, et moyennant le labour de son corps, il estoit bien
venu par tout; et n'y avoit bien souvent meschine ne chambrière qui ne
se combatist pour luy bailler la moitié de son lit. Les bourgois mesmes
de Romme, à la relacion de leurs femmes, le voient trèsvoluntiers en
leurs maisons; et s'ilz alloient quelque part dehors, trèsbien leur
plaisoit que donne Margarite aidast à garder le mesnage avecques leurs
femmes; et qui plus est la faisoient coucher avecques elles, tant la
sentoient bonne et honeste, comme dessus est dit. Par l'espace de XIIIJ
ans continua donne Margarite sa manière de faire. Mais fortune bailla la
cognoissance de l'abus de son estat dessus dit par la bouche d'une
jeune fille, qui dist à son père qu'elle avoit couché avec elle et luy
dist qu'elle l'avoit assaillie, et luy dist veritablement qu'elle estoit
homme. Ce père feist preuve à la relacion de sa fille de donne
Margarite; elle fut regardée par ceulx de la justice, qui trouvèrent
qu'elle avoit tous telz membres et oustilz que les hommes portent, et
que vrayement elle estoit homme, et non pas femme. Si ordonnèrent qu'on
le mectroit sur ung chariot et qu'on le mainroit par la ville de Romme,
de quarrefour en quarrefour, et là monstreroit on, voyant chacun, ses
genitoires.