ses denrées d'aventure, ainsi que je me tourne et retourne en nostre
lit, quant je ne puis dormir.--Il souffist, dist la mère; laisse moy
faire du surplus. Veez cy que tu feras: Demain au matin il te convient
faindre d'estre malade trèsfort, et monstrer semblant d'estre tant
oppressée qu'il semble que l'ame s'en parte. Ton mary me viendra ou
mandera querir, je n'en doubte point, et je feray si bien mon personnage
que tu sçaras tantost comment tu fuz gaignée, car je porteray ton urine
à ung tel médicin qui donnera tel conseil que je vouldray.» Comme il fut
dit il fut fait, car landemain, si tost qu'on vit du jour, nostre gouge,
auprès de son mary couschée, se commença à plaindre et faire si trèsbien
la malade qu'il sembloit que une fièvre continue luy rongeast corps et
ame. Noz amis son mary estoit bien esbahy et desplaisant; si ne savoit
que faire ne que dire. Si manda tantost sa belle mère, qui ne se fist
guères attendre. Tantost qu'il la vit: «Helas! belle mère, vostre fille
se meurt.--Ma fille! dit-elle; et que luy fault-il?» Lors, tout en
parlant, marchèrent jusques en la chambre de la paciente. Si tost que la
mère voit sa fille, elle luy demande comment elle fait; et elle, bien
aprinse, ne respondit pas à la première foiz, mais à chef de pièce dit
«Mère, je me meurs.--Non faictes, si Dieu plaist, fille; prenez courage;
mais dont vous vient ce mal si à haste?--Je ne sçay, je ne sçay, dit la
fille; vous me paraffolez à me faire parler.» Sa mère la prent par la
main, et luy taste son poux, et son corps, et son chef, et puis dit à
son beau filz: «Par ma foy, creez qu'elle est malade; elle est plaine de
feu. Si fault pourveoir de remède. Y a-il point ycy de son urine?--Celle
de la mynuyt y est, dit une des meschines.--Baillez la moy, dit-elle.»
Quand elle eut ceste urine, fist tant qu'elle eut ung urinal et dedans
la bouta, et dit à son beau filz qu'il la portast monstrer à ung médicin
pour savoir qu'on pourra faire à sa fille, et si on y peut aider. «Pour
Dieu! n'y espergnons rien, dit-elle; j'ay encores de l'argent que je
n'ayme pas tant que ma fille.--Espergner! dist noz amis; creez, si on
luy peut aider pour argent je ne luy fauldray pas.--Or vous avancez,
dit-elle, et tandiz qu'el se reposera ung peu je m'en iray jusques au
mesnage; tousjours reviendray je bien, s'on a mestier de moy.» Or devez
vous savoir que nostre bonne mère avoit, le jour devant, au partir de sa
fille, forgé le medicin qui estoit bien adverty de la response qu'il
devoit faire. Veezcy nostre gueux qui arrive devers nostre medicin à
tout l'orine de sa femme; et, quand il luy eut fait la reverence, il luy
va compter comment sa femme estoit deshaitée et merveilleusement malade;
«et veezcy son urine que à vous j'apporte, affin que mieulx vous
informez de son cas, et que plus seurement me puissez conseiller.» Le
medicin prend l'orinal et contremont le lève, et tourne et retourne
l'urine, et puis va dire: «Vostre femme est fort aggravée de chaulde