maladie et en dangier de mort s'elle n'est prestement secourue. Veezcy
son urine qui le monstre.--Ha! maistre, pour Dieu mercy, veillez moy
dire, et je vous paieray bien, qu'on luy peut faire pour recouvrer
santé, et s'il vous semble qu'elle n'ayt garde de mort.--Elle n'a garde,
si vous luy faictes ce que je vous diray, dit le medecin; mais, se vous
tardez guères, tout l'or du monde ne la garantira pas de la
mort.--Dictes, pour Dieu, dit l'aultre, et on luy fera.--Il faut, dit le
medicin, qu'elle ayt compaignie d'homme, ou elle est morte.--Compaignie
d'homme! dit l'aultre, et qu'est ce à dire cela?--C'est à dire, dit le
medecin, qu'il fault que vous montez sur elle et que vous la roucynez
trèsbien trois ou quatre foiz tout à haste, et le plus que vous pourrez
à ce premier faire sera le meilleur; aultrement ne sera point estaincte
la grand ardeur qui la seche et tire à fin.--Voire, dit il, et seroit ce
bon?--Elle est morte, et n'y a pas de rechap, dit le medicin, s'ainsi ne
le faictes, voire et bien tost encores.--Saint Jehan? dit l'aultre,
j'essaieray comment je pourray faire.» Il se part de là, et vient à
l'ostel, et trouve sa femme qui se plaignoit et dolosoit trèsfort.
«Comment va, dit il, m'amye?--Je me meurs, mon amy, dit elle.--Vous
n'avez garde, si Dieu plaist, dist il; j'ay parlé au medecin, qui m'a
enseigné une medicine dont vous serez garie.» Et durant ces devises, il
se despoille et au près de sa femme se boute; et, comme il approuchoit
pour executer le conseil du medicin tout en lourdoys: «Que faictes vous,
dit elle; me voulez vous partuer?--Mais je vous gariray, dit il, le
medicin l'a dit.» Et ce dit, ainsi que nature luy monstra, et à l'aide
de la paciente, il besoigna trèsbien deux ou trois fois; et, comme il se
reposoit tout esbahy de ce que advenu luy estoit, il demande à sa femme
comment elle se porte. «Je suys ung pou mieulx, dit-elle, que par cy
devant n'ay esté.--Loé soit Dieu! dit il; j'espere que vous n'avez garde
et que le medicin ara dit vray.» Alors recommence de plus belles. Pour
abreger, tant et si bien le fist que sa femme revint en santé dedans pou
de jours, dont il fut trèsjoyeux, si fut la mère quant el le sceut.
Nostre Champenois, après ces armes dessus dictes, devint ung pou plus
gentil compagnon qu'il n'estoit par avant; et luy vint en courage, puis
que sa femme restoit en santé, qu'il semondroit à disner ung jour ses
parens et amys et le père et la mère d'elle, ce qu'il fit; et les servit
grandement en son patoys, à ce disner, faisoit trèsbonne et joyeuse
chère. On buvoit à luy, il buvoit aux aultres: c'estoit merveille qu'il
estoit gentil compaignon. Mais escoutez qu'il lui advint: à la coup de
la meilleure chère de ce disner; il commença trèsfort et soudainement à
plorer, et sembloit que tous ses amys, voire tout le monde, fussent
mors, dont n'y eut celuy de la table qui ne s'en donnast grant merveille
dont ces soudaines larmes procedoient; les ungs et les aultres luy