au dyable voit elle! Je suis content que le marchant l'ayt et la tienne;
mais quant est de l'enfant, il est mien, et si le veil ravoir.» Et sur
ce mot, part et s'en va, et vint heurter bien rudement à l'huys du
marchant. De bonne adventure, sa dame qui fut vint à ce huit, qui ouvre
l'huys, comme toute de léans qu'elle estoit. Quant elle vit son amy
oblié et qu'il la congneut aussi, chacun fut esbahy. Non pourtant luy
demanda dont elle venoit en ce lieu. Et elle respondit que fortune ly
avoit amenée. «Fortune! dist-il; or fortune vous y tienne; mais je veil
ravoir mon enfant; vostre maistre ara la vache, et j'aray le veau, moy.
Or le me rendez bien tost, car je le veil ravoir, quoy qu'en
advienne.--Helas! dit la gouge, que diroit mon homme? Je seroye
deffaicte, car il cuide certainement qu'il soit sien.--Ne m'en chault,
dit l'autre, dye de ce qu'il vouldra, mais il n'ara pas ce qui est
mien.--Ha! mon amy, je vous requier que vous laissiez cest enfant à mon
marchant, et vous me ferez grand plaisir et à luy aussi. Et pour Dieu,
si vous l'aviez veu, vous ne feriés jà presse de l'avoir: c'est ung let
et ort garson, trestout roigneux et contrefait.--Dya, dit l'aultre, tel
qu'il est il est mien, et si le vueil ravoir.--Et parlez bas, pour Dieu,
ce dit la gouge, et vous appaisez de vostre demande, je vous en supplie;
et s'il vous plaist ceans laisser cest enfant, je vous promectz, par ma
foi, s'il vous plaist ainsi faire, je vous donneray le premier que
j'aray jamais.» Le gentil homme, à ces motz, jasoit qu'il fust esmeu et
courroucé, ne se peut tenir de soubrire, et sans plus dire de sa bonne
dame se partit, et tien, comme l'on me compta, qu'il n'a plus demandé le
dit enfant, et qu'encores le nourrist celluy qui la mère engranga en
l'absence de nostre gentil homme.
LA XXIIIe NOUVELLE.
PAR MONSEIGNEUR DE QUIEVRAIN.