doit faire.» L'oncle, esperant que mieulx luy en seroit cy après, et
qu'el est si bonne qu'il n'y fault jà guet sur elle, fut content de la
servir et de l'accompagner en tout ce qu'elle vouldra. Il fut beaucop
mercyé, ne doubtez; et dès lors conclurent qu'il appellera sa niepce
Conrard. Ilz vindrent assez tost, comme on leur enseigna, ou lieu
desiré, et s'adrecèrent au maistre d'ostel du seigneur, qui estoit ung
ancien escuyer, qui les receut, comme estrangiers, trèslyement et
honorablement. Conrard luy demanda si monseigneur son maistre ne
vouldroit pas le service d'un jeune gentilhomme qui queroit adventure et
demandoit à veoir païs. Le maistre d'ostel demanda dont il estoit, et
il luy dist qu'il estoit de Brabant. «Or bien, dist-il, vous viendrez
disner ceans, et après disner j'en parleray à monseigneur.» Il les fist
tantost conduire en une trèsbelle chambre, et envoya couvrir la table et
faire beau feu et apporter la souppe, et la pièce de mouton, et le vin
blanc, attendant le disner. Et s'en ala devers son maistre, et luy
compta la venue d'un jeune gentilhomme de Brabant, qui le vouldroit bien
servir. Le seigneur estoit content, si luy semble bien son fait. Pour
abreger, quand il eut servy son maistre, il s'en vint devers Conrard
pour luy tenir compaignie au disner, et avecques luy amena, pour ce
qu'il estoit de Brabant, le bon Gerard dessus nommé, et dist à Conrard:
«Véez cy ung gentilhomme de vostre pays.--Il soit le trèsbien trouvé,
dist Conrard.--Et vous le trèsbien venu», ce dit Gerard. Mais créez
qu'il ne recognut pas sa dame, mais elle luy trèsbien. Durant que ces
accointances se faisoient, la viande fut apportée, et s'assiet après le
maistre d'ostel chacun en sa place. Ce disner dura beaucop à Conrard,
esperant après d'avoir de bonnes devises avec son serviteur, mais
pensant aussi qu'il la recognoistra tantost, tant à la parolle comme aux
responses qu'elle luy fera de son pais de Brabant; mais il ala tout
aultrement, car oncques durant le disner le bon Gerard ne demanda après
homme ne femme de Brabant, dont Conrard ne savoit que penser. Ce disner
fut passé, et après disner monseigneur retint Conrard en son service.
Et le maistre d'ostel, trèssachant homme, ordonna que Gerard et Conrard,
pour ce qu'ilz sont d'un pays, auroient chambre ensemble. Après ceste
retenue, Gerard et Conrard se prennent à braz et s'en vont veoir leurs
chevaulx; mais à deable Gerard s'il parla oncques ne demanda rien de
Brabant. Si se print à doubter le pouvre Conrard, c'est assavoir la
belle Katherine, qu'elle estoit mise avec les pechez obliez, et que,
s'il en estoit rien à Gerard, il ne se pourroit tenir qu'il n'en
demandast, ou au mains du seigneur et de la dame où elle demouroit. La
pouvrette estoit, sans guères le monstrer, en grant destresse de cueur,
et ne savoit lequel faire, ou de soy encores celer et l'esprouver par
subtilles paroles, ou de soy prestement faire cognoistre. Au fort, elle