"Le plaisir de votre lettre, et l'assurance d'amitié de Madame
Geoffrin et de Monsieur D'Alembert a été bien rabattu par ce
que vous me dites de l'état de la santé de M. D'Alembert.
Sobre comme il est à table--comment peut-il avoir des maux
d'estomac? Il faut qu'il travaille trop de la tête à des
calculs, ou qu'il allume sa chandelle par les deux bouts.
C'est cela sans doute. Renvoyez-le ici à mon hermitage. Je le
rendrai à sa, ou ses belles, frais, reposé, se portant à
merveille.
"Apropos de mon hermitage dont M. de Malsan vous a fait la
description, il a voyagé avec Panurge, et a été chez _oui-dire
tenant école de temorgnerie_. Primo, ma petite maison ne
subsiste pas--par conséquence mon grand hôte ne pouvoit m'y
honorer de sa présence. 2do, Elle ne sera pas si petite, ayant
89 pieds de façade avec deux ailes de 45 pieds de long. Le
jardin est petit, assez grand cependant pour moi, et j'ai une
clef pour entrer aux jardins de Sans-Souci. Il y aura une
belle salle avec un vestibule, et un cabinet assez grand pour
y mettre un lit, tout apart des autres apartements. Si
D'Alembert venoit, il pouroit y loger, et prendre les eaux;
mais il est peu-que probable, que le grand hôte me
disputeroit, et emporteroit cet avantage. En attendant son
arrivée, j'y logerai mon ancien ami Michel de Montaigne,
Ariosto, Voltaire, Swift, et quelques autres.
"Dites à D'Alembert que j'ai une vache pour lui donner de bon
lait. Cela le contentera plus que les cent mille roubles qu'on
lui a offert. N'a pas bon lait qui veut, et vir sapiens non
abhorrebit eam, comme disoit Maître Janotus de ses chausses."